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Leslie |
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Est-ce que vos histoires sont vraies? |
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| Voujeaucourt, le 19 octobre 2007 Chère madame, Je m'appelle Leslie et j'ai quatorze ans. J'habite en Franche-Comté (25) dans une petite ville qui s'appelle Bavans et qui se situe vers le Doubs. Je connais quelques romans de vous mais je ne les ai pas encore lus. Puis-je vous poser quelques questions? - À quel âge avez-vous commencé à écrire des romans? - Est-ce que vos histoires sont vraies? - Est-ce que vous avez déjà écrit des romans pour adultes? - Qu'est-ce que cela fait d'être célèbre? - Est-ce que votre passion c'est d'écrire des romans? - Avez-vous d'autres passions? Je voudrais savoir si vous avez déjà pratiqué l'équitation car j'adore les chevaux et j'en fais depuis cinq ans. J'ai passé mon «galop 3». Je monte à Mathay de quatorze heures à quinze heures et les chevaux sont super gentils. J'ai déjà fait des compétitions de sauts d'obstacles. Avez-vous des chats? J'ai une chatte qui s'appelle Tigrette et elle a cinq ans. Elle est grise avec des rayures noires sur le dos et son ventre est tout blanc. Elle adore les câlins et elle dort sur mon lit le soir. Au revoir, Leslie Chère Leslie, Comme je l'ai dit à tes camarades, je m'inventais beaucoup de petites histoires lorsque j'étais enfant; je les écrivais parfois. J'ai commencé par écrire un manuel sur la santé des enfants, à l'usage des mères de famille, puis un reccueil de contes de fées que j'avais créés pour mes petites-filles. Mon premier roman, «Les petites filles modèles», a été publié en 1858: j'avais cinquante-neuf ans. Certains de mes romans s'adressent à des enfants plutôt jeunes, d'autres sont davantage destinés aux adolescents, mais je constate non sans surprise que des adultes les lisent et n'y sont pas indifférents. Soit qu'ils les aiment, soit qu'ils les détestent. Il n'y a rien de plus éphémère que la célébrité; d'ailleurs je ne suis pas certaine d'être aussi connue que tu as l'air de le penser. Mon père, le comte Théodore Rostopchine, est plus célèbre en Russie que je ne le serai sans doute jamais. En France, je suis la mère de mon fils, monseigneur de Ségur, et une femme de la haute société avant d'être un écrivain. Les choses changent cependant, et nul ne peut présager de l'avenir! Ma passion, c'est de raconter des histoires. Des histoires drôles, jolies, méchantes, heureuses, extraordinaires, un peu bêtes, épouvantables, merveilleuses ou terribles selon mon humeur. Je travaillais plusieurs heures par jour à mes romans; depuis que j'ai eu une attaque, il y a de cela deux ans, je ne peux plus me le permettre. Mais je continue d'écrire. Si j'arrêtais, je crois que mes enfants et mes amis commenceraient à s'inquiéter sérieusement, et je ne suis pas encore morte, n'est ce pas? Même si mon âge avancé ne me permet plus guère de m'y adonner, j'avais bien des passions quand j'étais jeune. Je passais un temps fou à dessiner et peindre des aquarelles. Je jouais du piano, plutôt bien, mais je ne le savais pas: je trouvais les leçons tellement ennuyeuses que j'ai arrêté. Je dansais énormément. On m'assurait que c'était mal, je le croyais; je n'en suis plus si sûre. Et puis je me suis mariée, j'ai eu des enfants à élever. La maternité est sans doute l'un des bonheurs essentiels de ma vie; toujours est-il qu'elle ne permet pas vraiment de prendre du temps pour soi. J'ai quelques scrupules à te parler de chevaux. Quand je vivais encore en Normandie, j'avais un cheval que je faisais atteler pour aller au village; il s'appelait Salomon. Même si je montais quand j'étais jeune, en Russie ou ailleurs, je préfère de loin les ânes. Mon père avait un haras de trois cents bêtes qui venaient de partout dans le monde, il a même donné son nom à une race de chevaux, les Orlov-Rostopchine. J'ai cependant autour de moi de désastreux exemples de personnes qui pratiquent ce que l'on appelle la chasse à courre (mon gendre et mes petites-filles Camille et Madeleine, pour ne pas les nommer), que cela amuse beaucoup, et qui me font penser des choses assez détestables sur la nature humaine. Va-t-en savoir pourquoi, quand on me parle de chasse, je suis toujours du côté du cerf. J'espère avoir répondu à toutes tes questions; n'hésite pas à m'écrire encore s'il t'en fallait davantage. Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur |
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