| Kristina | ||
|
| ||
| Époux et enfants | ||
| Chère comtesse, J'aimerais savoir si vous êtes mariée et si cela fut un beau mariage et un mariage d'amour. Avez-vous eu des enfants? Si c'est le cas, pouvez-vous me dire leurs prénoms et dates de naissance s'il vous plaît? Bien à vous, Kristina Chère Kristina, J'ai épousé le comte Eugène de Ségur en 1819; j'allais avoir vingt ans. J'ai aimé Eugène, longtemps, profondément, furieusement et en ce sens, oui, c'était un mariage d'amour. Je ne sais pas s'il était réciproque parce qu'aujourd'hui encore je ne suis pas certaine de pouvoir affirmer que mon mari s'est laissé aller jusqu'à aimer quelqu'un. Eugène a perdu son père dans des circonstances dramatiques bien connues que le Faubourg Saint-Germain de l'époque n'a eu de cesse de railler. Quand on a vécu cela, on ne fait pas confiance aux femmes. C'était un orphelin d'un an mon aîné, très bien fait de sa personne, avec beaucoup d'esprit et d'ambition et qui dansait formidablement. On se le serait arraché s'il n'avait été au cœur du scandale. Mais nous avions tous les deux un besoin impérieux de nous marier pour des raisons moins avouables. Ma famille pouvait partir en Russie d'un moment à l'autre et, comme je m'étais convertie au catholicisme (même si je ne pratiquais pas beaucoup, il faut bien l'avouer), je ne pouvais pas y retourner. Il me fallait donc trouver un époux en France puisque je ne pouvais évidemment pas y rester seule. Les Ségur sont l'une des plus anciennes familles françaises et pour mon père, qui avant de devenir puissant n'était somme toute qu'un fils de petit seigneur russe, marier sa fille aînée à un Narychkine et sa cadette à un Ségur était une double victoire. De son côté, Eugène n'était pas bien riche et il avait deux jeunes frères qui devaient également s'établir. C'était une alliance entre son nom et ma fortune. Mais pour beaucoup de gens -sans doute davantage que pour nous- notre mariage était un symbole. L'oncle d'Eugène était l'aide de camp de Napoléon, mon père passait pour avoir brûlé Moscou devant l'approche des troupes françaises: notre union était un gage de paix. Nous avons eu de nombreux enfants, autant de garçons que de filles, et de nombreuses disputes, autant de son fait que du mien. Mon fils Gaston, Mgr de Ségur, est né le 15 avril 1820, moins d'un an après notre mariage. Renaud est né le 5 décembre 1821 mais, parce que nous n'avons pas su le soigner, il est mort à deux mois. Anatole le 23 avril 1823 Edgar le 17 juillet 1825 Nathalie le 1er mai 1827 Sabine et Henriette le 12 avril 1829 Olga le 1er octobre 1835 Il faut ajouter mon neveu, Woldemar Filippi, que j'ai accueilli en France et que je considère comme mon fils. Il a trois ans de plus qu'Olga. À bientôt peut-être, Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur Merci pour cette gentille réponse, Madame. À bientôt. Kristina |
| | |