Karina
écrit à

   


La Comtesse de Ségur

     
   

D'où vous viennent vos inspirations?

   
Bonjour Madame.

Mon nom est Karina et je tiens à vous dire à quel point je vous admire. Vos livres sont merveilleux, plus particulièrement, Les Vacances que je ne me lasse de relire. D'où vous viennent vos inspirations? En espérant votre réponse.

Amicalement,

Karina



Bonjour Karina,

Laissez-moi tout d'abord vous remercier pour les compliments que vous me faites. «Les Vacances» ont une place particulière dans mon coeur; j'ai eu plus de mal à me défaire de Sophie et ses amies que je ne l'aurais pensé et j'ai tâché de les faire revenir sous les noms les plus divers. En ce qui concerne mes sources d'inspiration, je ne peux que vous répéter ce que je n'ai de cesse de dire à ma fille: si ce n'est pour les contes de fée, il faut tâcher de n'écrire que ce que l'on voit ou, du moins, ce que l'on sent. J'ai fréquenté les milieux les plus divers, des plus grands aristocrates à la paysannerie la plus misérable, des socialistes les plus «démocrate-89» aux ultramontains les plus stricts... J'observe, je transforme et j'écris et, comme je ne sais pas toujours comment finiront les histoires que je commence, je vais au fil de la plume et je m'arrête quand j'en ai assez, c'est à dire quand je m'endors. Ma foi, ce n'est pas très original; quand on raconte les hommes, on peut très difficilement ne pas s'inspirer d'eux.

Bien à vous,

Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur



Chère comtesse de Ségur,

Je suis vraiment heureuse et émue que vous m'ayez répondu. Vous qui en savez tellement sur les enfants, pourriez-vous me donner quelques conseils? J'ai un petit cousin âgé de huit ans qui vit temporairement chez moi et il faut dire qu'il n'est pas très commode. Il pleure assez souvent car ses parents lui manquent terriblement et je ne sais quoi dire ou faire pour le distraire.

J'attends votre réponse.

Avec toutes mes amitiés,

Karina



Chère Karina,

J'avoue que, ne connaissant pas l'enfant, je ne saurai jamais vous écrire que des choses très générales. Peut-être faut-il d'abord lui dire et lui montrer que vous comprenez sa peine et sa douleur, mais que ses parents ne peuvent pas s'occuper de lui pour l'instant, même s'ils l'aiment beaucoup. Que c'est difficile pour un petit garçon d'être loin de ses parents, et que c'est normal de pleurer: il ne faut pas qu'il en ait honte. Mais il faut essayer de lui faire comprendre que c'est une chose douce-amère: la peine qu'il a quand ses parents sont absents, c'est la joie qu'il aura de les retrouver et de profiter de leur présence. Perdre quelqu'un, c'est prendre conscience de la chance qu'on a de l'avoir.

Quant à le distraire, quels jeux aime-t-il? S'il aime les jeux bruyants, emmenez-le aux Tuileries, qu'il y rencontre d'autres enfants avec lesquels s'amuser. S'il aime les jeux calmes, tâchez de jouer avec lui. Dans tous les cas, apprenez-lui des choses, des choses belles ou amusantes: faites-lui sentir qu'il peut être heureux tout de même.

J'espère que ces conseils vous seront profitables, mais je pense que vous faites déjà tout cela.

Bien à vous,

Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur



Chère Comtesse de Ségur

Merci de ces précieux conseils.

Je tenterai de les appliquer autant que possible.

Pourrais-je vous poser quelques questions?

Il s'agit de vos personnages des «Vacances».

De Sophie et de Jean plus particulièrement.

Sont-ils tombés amoureux l'un de l'autre durant ces vacances ou bien étant plus âgés?

Je vous le demande parce qu'ils sont mes personnages préférés.

Avec toute mon amitié

Karina


Chère Karina,

Jean est celui des garçons qui a pris le plus d’intérêt au malheur de Sophie, et ce dès lors de son premier séjour à Fleurville, avant le début des Vacances. Il est le plus proche d’elle
par l’âge
et le tempérament, et elle sent cela. À la fin des «Vacances», ils ont leur propre cabane et elle le considère comme celui dont elle est le plus proche, puisque c’est lui
qui l’accompagne lorsqu’elle
doit se préparer à revoir sa belle-mère. D’autre part, Jean fait partie de la nouvelle famille de Sophie, et s’unir à lui, c’est le moyen de ne jamais la quitter.

Sophie et Jean font plus que s’aimer: ils aiment leur famille, la vie qu’ils mènent, les gens qu’ils fréquentent, et donneraient tout au monde pour ne pas se défaire d'un tel
bonheur. Marguerite et
Paul agissent de la même façon. Marguerite, en préférant Paul à son ancien ami Jacques, parvient à ne pas quitter ce père qu’elle aime tant et que la mer
lui a enfin rendu. Quant à Paul, il ne 
concevrait tout simplement pas de vivre sans Monsieur de Rosbourg. Tous ont un même dési : rester ensemble leur vie durant.

Bien à toi,

Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur.