Chère Karina,
J'avoue que, ne connaissant pas
l'enfant, je ne saurai jamais vous écrire que des choses
très générales. Peut-être faut-il d'abord
lui dire et lui montrer que vous comprenez sa peine et sa douleur, mais
que ses parents ne peuvent pas s'occuper de lui pour l'instant,
même s'ils l'aiment beaucoup. Que c'est difficile pour un petit
garçon d'être loin de ses parents, et que c'est normal de
pleurer: il ne faut pas qu'il en ait honte. Mais il faut essayer de lui
faire comprendre que c'est une chose douce-amère: la peine qu'il
a quand ses parents sont absents, c'est la joie qu'il aura de les
retrouver et de profiter de leur présence. Perdre quelqu'un,
c'est prendre conscience de la chance qu'on a de l'avoir.
Quant à le distraire,
quels jeux aime-t-il? S'il aime les jeux bruyants, emmenez-le aux
Tuileries, qu'il y rencontre d'autres enfants avec lesquels s'amuser.
S'il aime les jeux calmes, tâchez de jouer avec lui. Dans tous
les cas, apprenez-lui des choses, des choses belles ou amusantes:
faites-lui sentir qu'il peut être heureux tout de même.
J'espère que ces
conseils vous seront profitables, mais je pense que vous faites
déjà tout cela.
Bien à vous,
Sophie Rostopchine, comtesse de
Ségur
Chère Comtesse de Ségur
Merci de ces précieux conseils.
Je tenterai de les appliquer autant que possible.
Pourrais-je vous poser quelques questions?
Il s'agit de vos personnages des «Vacances».
De Sophie et de Jean plus particulièrement.
Sont-ils tombés amoureux l'un de l'autre durant ces vacances ou
bien étant plus âgés?
Je vous le demande parce qu'ils sont mes personnages
préférés.
Avec toute mon amitié
Karina
Chère Karina,
Jean est celui des
garçons qui a pris le plus d’intérêt au malheur de
Sophie, et ce dès lors de son premier séjour à
Fleurville, avant le début des Vacances. Il est le plus proche
d’elle
par l’âge et le
tempérament, et elle sent cela. À la fin des
«Vacances», ils ont leur propre cabane et elle le
considère comme celui dont elle est le plus proche, puisque
c’est lui
qui l’accompagne lorsqu’elle doit
se préparer à revoir sa belle-mère. D’autre part,
Jean fait partie de la nouvelle famille de Sophie, et s’unir à
lui, c’est le moyen de ne jamais la quitter.
Sophie et Jean font plus que
s’aimer: ils aiment leur famille, la vie qu’ils mènent, les gens
qu’ils fréquentent, et donneraient tout au monde pour ne pas se
défaire d'un tel
bonheur. Marguerite et Paul
agissent de la même façon. Marguerite, en
préférant Paul à son ancien ami Jacques, parvient
à ne pas quitter ce père qu’elle aime tant et que la mer
lui a enfin rendu. Quant à Paul, il ne concevrait tout simplement pas de vivre
sans Monsieur de Rosbourg. Tous ont un même dési : rester
ensemble leur vie durant.
Bien à toi,
Sophie Rostopchine, comtesse de
Ségur.