Nathan & Anne-Gaëlle
écrit à

   

Franz Schubert
Franz Schubert

     
   

Quelques questions
Projet en français 4F, collège Don Bosco

   

Cher Franz Schubert,

Nous vous admirons beaucoup et nous aimerions donc vous poser quelques questions. Dans votre lettre à vos amis du 3 Aout 1818, vous écrivez «je vis et je compose comme un Dieu, comme s’il devait en être ainsi». Qu’est-ce qui vous fait penser cela? Quel est le morceau que vous avez composé et que vous appréciez le plus?

Maintenant que vous êtes installé à Zelesz, est-ce que vous réussissez à surmonter la distance avec  vos amis? Les fêtes que vous faisiez avec eux vous manquent-elles? Quels sont vos projets maintenant que vous êtes parti de Vienne? Nous avons peur que, derrière votre enthousiasme, se cache un état dépressif. Vous devez vous sentir seul, attristé, dans la solitude… À votre place, nous retournerions voir nos amis à Vienne.

Dans tous les cas, bonne continuation,

Nathan & Anne-Gaëlle


Cher Nathan, chère Anne-Gaëlle,

Des camarades de la même école que vous, semble-t-il, m'ont posé des questions similaires concernant mes voyages en Hongrie. Je pensais alors qu'il s'agissait de mon plus récent voyage, il y a de cela quatre ans mais je commence à me dire, en lisant votre lettre, qu'il s'agissait peut-être déjà de mon voyage de 1818, celui-là même dont vous me parlez. Je vais tâcher de vous répondre autant que possible, mais tout d'abord, comprenez mon étonnement à vous voir citer mot à mot une lettre que j'aurais écrite à mes amis, une vieille lettre d'il y a dix ans dont j'ai moi-même perdu le souvenir. Par quel miracle, quel enchantement, avez-vous eu possession de cette lettre? Il est quelque peu effrayant de constater que des personnes tout à fait étrangères, éloignées dans le temps et dans l'espace, soient plus informées que je ne le suis moi-même de ma propre existence. Il y a là quelque machination qu'il me faut bien renoncer à comprendre, de peur de basculer dans la folie.

Maintenant, quelques rectifications: j'ai travaillé, durant quelques mois de l'année 1818, en Hongrie, comme maître de musique chez le comte Johann Esterhazy, à Zseliz (et non pas Zelesz), mais je n'ai nullement eu pour intention de m'y installer! Et pour cause, je ne me sens «chez moi» qu'à Vienne, la ville qui m'a vu naître et me verra probablement mourir.

Ensuite, et bien, s'il me faut revenir dix ans en arrière, il me semble en effet que ce premier voyage en Hongrie fut assez inspirant pour l'humble compositeur que je suis. L'enseignement du piano aux deux jeunes filles du comte m'a donné l'occasion de réécrire pour piano et notamment, si je me souviens bien, des pièces de piano à quatre mains. Je vous avoue que je n'ai plus la trace de la plupart de mes compositions de cette époque, à l'exception de certaines que j'ai volontairement conservées et qu'il m'arrive parfois de rejouer. C'est le cas par exemple d'une sonate pour piano à quatre mains dans le ton de Sib majeur, qui est probablement ce qui a le plus de valeur dans ma musique de cette époque. J'ai, depuis lors, passablement changé de style...

Si j'ai bien senti une certaine nostalgie de ma ville de Vienne et de mes amis, je n'ai nullement sombré, comme vous le dites, dans un «état dépressif». J'ai vécu au contraire à Zseliz des moments chaleureux, agréables, dont je garde un souvenir attendri.

J'espère avoir répondu à vos questions aussi honnêtement que possible,

Amicalement,

Franz Schubert