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Bonjour,
Tout d'abord, je voulais vous dire que je suis une grande admiratrice
de vos œuvres. Ma préférée est «La
truite»; elle fait partie des musiques qui me font frissonner
quand je les écoute, qui m'emmènent, me font voyager
à travers les sons.
Je pratique le piano au conservatoire de Tours et je me demandais
comment écrire une musique qui puisse produire autant de
sensations. Comment réussissez-vous à trouver
différentes mélodies, toutes plus belles les unes que les
autres? Est-ce que cela se travaille, ou alors est-ce en vous?
Expliquez-moi.
Votre fidèle admiratrice.
Chère Mariétou,
Merci pour tous vos bons sentiments à mon égard et vos
compliments.
J'avoue ne pas savoir vraiment par quel bout prendre votre question
concernant la composition musicale! Si vous parlez de la technique
même de la composition, évidemment cela s'apprend et
demande même un entraînement rigoureux et assidu, afin
d'assimiler les règles de l'harmonie, du contrepoint, de
l'écriture orchestrale et de tant d'autres choses.
Mais je ne pense pas que ce soit cela que vous aviez en tête, car
vous me demandez notamment comment je «trouve» mes
mélodies. Je vais vous répondre le plus
sincèrement possible: je ne «trouve» pas ces
mélodies, simplement parce que je ne les cherche pas. Sont-elles
en moi? Ou ne font-elles que passer par moi, par mon âme? Je ne
le sais, mais je sais que je ne provoque pas leur venue, car leur
«naissance», sur le papier à musique, se fait par
des impulsions incontrôlées, irrégulières,
souvent brèves. Ce doit être ce que l'on appelle plus
couramment «l'inspiration».
Mais, croyez-moi, chère Mariétou, quel
phénomène bien capricieux! Je pense que vous devez vivre
des sensations analogues lorsque vous êtes devant votre piano
car, après tout, l'interprétation musicale est aussi
création, ou re-création, du moins! Vos doigts agiles
peuvent, aussi bien que mes mélodies, inviter à ce
«voyage à travers les sons». Entre nous: un des plus
délicieux qui soient!
Affectueusement,
Franz Schubert
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