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Lettre écrite dans le cadre d'un projet scolaire -
collège Sainte-Trinité
Bonjour monsieur Schubert,
J'ai enfin l'immense honneur de vous poser quelques questions qui, bien
sûr, concernent presque toutes votre profession, la musique,
puisque vous êtes musicien et compositeur.
Tout d'abord, à quel âge avez-vous commencé la
musique et avec quel instrument? À quel âge avez-vous
commencé à composer? Pourquoi n'avez-vous jamais
écrit d'opéra? Pourquoi avez-vous composé des
musiques tristes, et aussi pourquoi préférez-vous la
musique chantée à l'instrumentale? Avez-vous
réussi à vivre de votre art? Hormis vous, quel est votre
compositeur préféré? Avez-vous des enfants?
Ont-ils appris la musique? Si oui, avec quel instrument? D'autres
questions concernant l'art me chiffonnent: aimez-vous la peinture et la
sculpture?
J'ai encore trois autres questions à vous poser. Dans «La
jeune fille et la mort», qui est la jeune fille? Où
avez-vous vécu, et de quoi êtes-vous mort?
Merci encore pour vos réponses.
Cordialement,
Cyprien
Bonjour Cyprien,
Que de questions! Je vais répondre à chacune d'elles,
mais pardonne-moi d'être bref pour certaines; mon état de
santé, ce matin, ne me permet pas d'en faire davantage.
Je suis né à Vienne (où je vis toujours) dans une
famille qui accordait une grande importance à l'art musical. Mon
père était maître d'école et connaissait
fort bien la musique. J'ai donc, dès mon plus jeune âge,
reçu un enseignement musical, par mon frère Ignaz,
principalement, qui me donna mes premières leçons de
piano. J'ai ensuite appris le chant, l'orgue et le contrepoint
auprès d'un maître bienveillant du nom de Michael Holzer,
à Liechtental, près de Vienne, et ce dès
l'âge de sept ou huit ans, si mes souvenirs sont bons. Ce furent
mes premières leçons de musique hors du cadre familial.
Je crois que mes premières «compositions», si on
peut appeler ainsi des exercices scolaires sans originalité ni
âme, datent de mes études à la chapelle royale du
Konvikt. J'y suis entré à l'âge de dix ans, comme
chanteur, et j'y ai suivi mes premières leçons de
composition. Et fort logiquement, j'y ai composé quelques
petites pièces diverses, généralement pour piano.
J'ai pendant plusieurs années vécu essentiellement sur
mon salaire de maître d'école dans l'école tenue
par mon père. Depuis que j'ai quitté ce poste pour me
consacrer entièrement à la musique, je t'avoue que le
succès assez mineur de mes œuvres ne m'a jamais permis de vivre
très confortablement! Mais enfin, je suis bien entouré,
et la chaleur de mes amis proches me rendent les misères
financières plus supportables.
Pour répondre à deux autres de tes questions: je suis
évidemment sensible à toutes les formes d'art, mais il
est vrai que mon métier m'amène à être
davantage en contact avec les poètes et les écrivains
qu'avec les peintres et sculpteurs. Je n'ai, pour l'heure, ni femme ni
enfant.
Je voudrais aussi rectifier quelques malentendus: j'ai écrit de
nombreux opéras (une bonne dizaine!) qui ne sont peut-être
pas très marquants et qui n'ont en tout cas jamais eu le
succès escompté, mais voici quelques titres:
«Fierabras, Alfonso et Estrella», «Les
conjurés» ou encore «Les frères
jumeaux».
Je n'ai pas l'arrogance de me considérer comme «un de mes
compositeurs préférés»! Mais si je devais
n'en citer qu'un, il s'agirait probablement du grand Maître
viennois, Beethoven.
Mon inspiration initiale trouve souvent sa source dans mes lieder mais
je ne préfère pas pour autant la musique chantée
à la musique instrumentale. De même, je n'écris pas
forcément de musique triste, même si, ces derniers temps,
mon humeur est davantage tournée vers l'ombre que vers la
lumière. Parmi mes sonates, mes symphonies, mes lieder, tu
trouveras, je suis sûr, beaucoup de moments de joie et de
clarté. Il est vrai cependant qu'une inquiétude
réside en moi, et parcourt parfois même les œuvres les
plus gaies en y saupoudrant un soupçon de tristesse, en mettant
quelques nuages de bémols dans des ciels trop bleus...
Quant à «La jeune fille et La mort»... cette jeune
fille, elle est différente pour chacun de nous. Je te retourne
donc la question: pour toi, qui est-elle? Comment te l'imagines-tu?
Et, enfin, Cyprien, ne m'enterre pas trop vite. Je suis malade, certes,
mais bien vivant. Je ne sais donc quelle sera ma mort. D'ailleurs, la
«jeune fille» du lied ne le savait pas non plus...
Avec toute mon affection. Bien à toi,
Franz Schubert.
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