| | | Bonjour,
Je suis très heureuse de pouvoir correspondre avec
vous. J'aimerais savoir ce qu'évoque «La grande symphonie en ut majeur»
pour chaque mouvement car j'adore ce morceau. Je voudrais savoir aussi
quels sont les compositeurs qui vous ont inspirés.
Merci!
Chère Laure,
je ne sais pas avec une grande certitude de quelle symphonie vous
voulez parler lorsque vous citez la «Grande symphonie en ut
majeur» mais je crois deviner que, parmi les deux symphonies en
ut majeur que j'ai composées, vous parlez de la dernière
en date. Je l'ai écrite très récemment, et son
envergure vous amène peut-être à la surnommer
«grande» symphonie, mais je n'ai aucune idée de la
manière dont elle a pu vous parvenir. «Grande», vous
dites... Figurez-vous qu'on me l'a justement refusée à la
Société des Amis de la Musique de Vienne parce qu'elle
l'était trop! «Trop longue et trop ardue», si je me
souviens des mots précis.
Même s'il s'agit d'une composition importante pour moi, je ne
vois cependant vraiment pas quoi répondre à votre
question... Qu'est-ce qu'«évoque» cette symphonie?
Pour moi? Ou de manière absolue? Je pense qu'aucune de ces deux
questions, si elles ont seulement une réponse, ne vous seront
utiles pour écouter cette musique. Peut-être vous
attendez-vous à ce que je vous dise: voilà, cette
symphonie évoque un arbre, une maison, tel endroit, tel
épisode de ma vie ou de celle d'une autre personne, etc. Mais ce
n'est pas ainsi que cela fonctionne, il me semble. Je compose en
partant d'un nombre incalculable de choses, d'évènements,
d'émotions, de pensées... qui sont en moi, qui sont mon
«vécu», et qui doivent « sortir », d'une
manière ou d'une autre. Ma manière, c'est la musique. Je
serais incapable de dire ce qui, précisément, a
démarré ou été le moteur de cette symphonie
(et encore moins de chaque mouvement) comme de la plupart de mes
pièces de musique. Puis la musique «sort», advient.
Et elle me dépasse, moi-même je serais incapable de
l'expliquer. Elle comporte bien d'autres choses que je n'ai pas
prévues, que je n'avais même pas soupçonnées.
De toute manière, cela importe peu. Ce qui importe, ce qui est
même essentiel, est ce que cette musique «vous»
évoque, ou ne «vous» évoque pas. Voilà
le VRAI sens de cette musique: celui que vous vivez, que vous
ressentez. Et je ne voudrais pas venir m'immiscer dans votre
écoute ni vous être un bien perturbant et bien inutile
guide... Je n'ai vraiment rien d'un guide, chère Laure,
croyez-moi!
Quant à votre question sur les compositeurs qui m'ont
inspirés, elle est assez large, elle aussi, et
nécessiterait une réponse «trop longue»
à son tour! Je me contenterai de vous dire que le
regretté Beethoven est un Maître de composition pour moi,
comme pour beaucoup de mes contemporains (bien que la symphonie que
vous mentionnez n'ait, je pense, pas grand chose à voir avec ses
merveilles en la matière). Et, comme je vis à Vienne, je
suis aussi particulièrement sensible aux œuvres des musiciens
d'exception qui ont foulé les rues de ma ville natale: Haydn et
Mozart parmi les plus immenses. Et, comme, depuis peu, je
m'intéresse à nouveau à l'art du contrepoint, je
m'émerveille aussi de certaines pièces de clavecin
écrites, par exemple, par l'allemand Johann-Sebastian Bach. Mais
il y en a tant d'autres.
Si vous désirez m'évoquer «votre»
«grande» symphonie en ut majeur, je serais touché
d'avoir votre avis,
Au bonheur de vous lire,
Bien à vous,
Franz Schubert. |