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Cher monsieur Schubert,
Si je vous écrit, c'est dans un souci d'honnêteté
vous concernant: pourrais-je avoir votre consentement pour
réduire Die Forelle en un trio à clavier. Et, si oui,
auriez-vous des conseils à me donner. Vous en êtes tout de
même le compositeur, pas moi.
Très amicalement,
Monya
Monya,
il n'y a bien évidemment aucun problème à ce que
vous réalisiez l'arrangement de «Die Forelle» pour
trio avec clavier. J'en serais même tout à fait
honoré. J'ai d'ailleurs moi-même l'habitude de
réutiliser mes thèmes de lieder pour écrire des
pièces de musique de chambre. Le lied «Der tod und das
madchen» a servi à la composition du deuxième
mouvement d'un quatuor à cordes, et ce même lied
«Die Forelle» dont vous me parlez fut utilisé pour
le quatrième mouvement d'un quintette avec piano. Je l'ai
composé il y a déjà de nombreuses années,
mais si vous parvenez à le retrouver ou à
l'écouter, vous pourrez essayer, si cela vous plait, d'y prendre
quelques idées. Dans ce quatrième mouvement, le
thème du lied circule entre chacune des voix et revient à
chaque fois avec une nouvelle variation. J'ai utilisé de
même le principe de variation dans le 2e mouvement du quatuor
«Der Tod und das madchen». Vous n'êtes bien entendu
pas du tout tenue de reprendre ce principe. Si vous n'ambitionnez qu'un
simple arrangement, la seule chose que je puisse vous conseiller est de
faire en sorte que toutes les voix de votre trio aient quelque chose
à dire, au moins à un moment de la pièce. Il
serait bon que le thème du lied, c'est à dire la voix du
chanteur ou de la chanteuse ne soit pas intégralement
reportée sur un seul instrument. Faites-le circuler, et
créez un dialogue avec les autres voix. Dans le lied, il est
faux de croire que le piano ne sert qu'à accompagner la voix. Il
est bien plus que cela, c'est un personnage aussi important que le
chant, et vous devez faire de même pour votre arrangement pour
trio: aucune partie ne doit se sentir trop en retrait ou en
arrière-plan. Enfin, ne vous troublez pas pour le texte et
n'hésitez pas à prendre de la liberté par rapport
à la partition «originale». Je ne vous en tiendrais
pas rigueur! L'essentiel est que votre arrangement soit fait avec le
coeur, et que vous le jouiez avec le coeur.
Cordialement,
Franz Schubert.
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