Vous, Magda, Delon, Harry et Philomène et la vraie Sissi
       
       
         
         

nathalie397@sympatico.ca

      Chère Rosemarie,

Je n'ajouterai pas le prénom de Magdalena à celui si joli de Rosemarie car vous dites avoir toujours voulu vous émanciper de votre mère dont c'est le prénom (Magda Schneider)! Dommage que pour vous elle n'ait pas été aussi bien dans la vraie vie que dans Sissi, dans lequel Ludovika me fait penser beaucoup à ma propre maman; tendre et dévouée, pleine d'attentions et de sollicitude...

Heureusement que vous avez connu Delon, qui vous a permis d'être pleinement la femme que vous rêviez d'être... Vous et lui creviez l'écran dans La Piscine, dans des rôles faits sur mesure pour vous deux, à la hauteur de vos sensualités félines et raffinées... Je crois d'ailleurs que de tous vos rôles, c'était celui que devait être le plus proche de votre personnalité hors du commun... Idem pour Delon!!! Parlant de ce dernier, comme j'aurais voulu être dans la salle du Théâtre de Paris lors d'une représentation de la pièce de Visconti, Dommage qu'elle soit une pu...(putain)! dans laquelle vous deviez tous deux brûler les planches, littéralement!!! Vous voir en chair et en os et entendre résonner vos voix dans le théâtre devait donner de doux frissons! En plus, quels costumes sublimes vous deviez porter (la pièce se déroulant à Parme en pleine Renaissance Italienne!). Moi qui ai failli devenir costumière de théâtre, wow!

Dommage aussi que vous ayez épousé Harry Meyen, (ce scénariste raté qui voulait profiter de votre notoriété pour accéder lui-même au milieu artistique et qui, ayant échoué lamentablement, s'est suicidé de dépit, non sans vous avoir agressée physiquement à plusieurs reprises devant votre fils et vous avoir fraudé d'une importante somme d'argent) au lieu d'être retournée auprès de Delon... Qui je crois, n'a jamais vraiment cessé de vous aimer... et qui semble avoir été véritablement votre âme soeur: Dommage que ce se soit un peu vite terminé entre vous, vous étiez tous les deux si jeunes...

Quant à Philomène Schmidt, votre rôle de monstrueuse bouchère meurtrière, je crois bien que c'est le plus grand contre-emploi de l'histoire du cinéma car on vous y retrouvait complètement métamorphosée à des millénaires de Sissi!!! Je me demande jusqu'à quel point vous aviez pris plaisir à jouer ce rôle de femme vulgaire et sordide, vous si vulnérable et raffinée...

Quant au fameux rôle d'Élisabeth d'Autriche dans Ludwig de Visconti, je l'ai trouvé vraiment sublime et authentique ayant moi-même lu à peu près toutes les biographies en français écrite sur elle... D'une mélancolique et grandiose splendeur... Surtout dans la scène où vous vous promenez sous la neige qui tombe abrités tous deux, vous et Helmut Berger, sous votre parapluie noir, tous deux vêtu de noir de pied en cap... Je ne sais plus la musique de fond, mais j'imagine sans peine L'Hiver des Quatres Saisons de Vivaldi (un Italien comme Visconti), qui mettrait bien en musique la passion mélancolique de vos deux personnages ainsi que la grandiose splendeur des paysages des Alpes bavaroises... 

Bien qu'Helmut Berger a incarné un Roi Louis II de Bavière plus vrai que nature, lui qui était d'une ressemblance frappante avec le vrai Louis II, j'aurais tout de même souhaité que ce fut Delon qui joue le rôle de votre royal cousin, car cela aurait ASSURÉ LE SUCCÈS de ce film somme toute longuet (plus de trois heures, presque quatre dans la version originale!), Delon étant un monstre sacré du cinéma, au même titre que vous, chère Romy Schneider!!! La vraie Sissi aurait bien aimé être ainsi immortalisée... Telle qu'elle était véritablement... Pour ceux qui ne connaîtraient pas la vraie Sissi, je vous invite à lire ma lettre à Sissi sur ce même Dialogus, sous le titre Dédain de l'amour physique...

Sur ce, Mademoiselle Rosemarie (cela ressemble à Rosalie, comme dans César et Rosalie où vous étiez lumineuse!), je vous salue bien amicalement et espère que vous vous reposez bien de tous vos films captivants et de tous vos malheurs en cultivant vos fleurs dans votre Jardin d'Eden, à moins que ce soit plutôt aux... Champs-Élisées, peut-être plus familier...

Amicalement,

Nathalie la Québécoise

P.S. Oui je sais, Romy, pardonnez-moi mais je porte le même prénom que celle qui vous a ravi le coeur de votre bien-aimé Delon... Mais je n'y peux rien, c'est aussi le mien!

 

       
         

Romy Schneider

      Ma très chère Nathalie,

Quoi dire de plus? Oui, Delon a beaucoup compté dans ma vie de femme. Nous avions des vues opposées en ce qui concerne la vie, sinon, oui, nous nous sommes aimés. Sans Delon je serais peut-être retournée en Allemagne, et aurais finalement accepté un quatrième et cinquième Sissi. Il m'a sauvée et m'a fait découvrir la femme qui était en moi. Dommage qu'il était plus préoccupé par sa carrière et réussite que par sa vie d'homme. J'ai toujours pu compter sur lui, et nous sommes restés de bons amis.

Harry, le pauvre Harry. Lui aussi m'a aimée pour ce que je représentais et non pour ce que j'étais, une femme débordante d'amour. Je l'ai épousé parce que je l'aimais, parce que après la fougue de Delon je trouvais en Harry la stabilité de l'esprit. Ce fut une faute. Il voulait m'exhiber dans Berlin, dans les salons mondains, quelle horreur!

Dans ma vie privée, les hommes ont toujours voulu de moi ce que je ne voulais pas donner. Harry fut un de ceux qui volaient ce que je ne voulais pas donner. Harry a toujours été un homme froid et particulièrement avec moi, sa femme. Alors que moi je suis tout le contraire. Ça ne pouvait pas marcher avec cet homme. Vous savez ma chère Nathalie, je ne pouvais simplement plus supporter Harry et ses manières logiques. Dès le matin j'aurais pu l'envoyer contre le mur tellement il m'énervait. Il énervait d'ailleurs tous le monde, et a été renvoyé d'une compagnie théâtrale à cause de cela, même sur les plateaux de tournage il énervait le monde. Il était là, à tourner en rond entre les gens ne sachant pas quoi faire. Mon dieu quand j'y repense!

Finalement et pour résultat j'ai dû subvenir aux besoins matériels de monsieur Haubenstock, mon mari! Nous avons convenu de nous séparer à l'amiable et non de divorcer pour épargner le petit David. Plus tard, il est revenu sur cette décision en souhaitant divorcer le plus vite possible et me demandant plusieurs millions de marks contre la promesse que je puisse garder mon fils. Je lui ai remis toute ma fortune de l'époque, et entrepris une nouvelle vie à Paris.Tout était à refaire, j'étais ruinée, et sans homme.

Oui, «La Piscine» fut un merveilleux souvenir. C'est Delon qui a souhaité me donner le rôle de Marianne. Je ne l'ai jamais assez remercié. Ma carrière en France était à plat, et grâce à ce film j'ai pu enfin tourner les films que je voulais faire.

Philomena Schmidt fut pour moi une création, un renouveau dans ma carrière, je pouvais enfin jeter le fardeau de Sissi. Comprenez moi, je n'ai jamais rien eu contre cette Elizabeth de Bavière, mais moi je m'appelle Romy Schneider et non Sissi! Oui, le Trio, fut un grand film dans ma carrière, hélàs personne ne voyait Sissi dans Philomena et le film fut un échec d'abord en France puis en Allemagne, surtout là-bas!

Ah oui, ma chère, travailler avec Luchino ce n'était pas tourner dans un Sissi, c'était du vrai et beau travail de comédienne. Avec lui, j'étais enfin devenue la comédienne que je suis. Je me souviens pour Ludwig, j'avais poussé un hurlement lorsque Luchino m'a proposé le rôle de cette Elizabeth. Je croyais revivre les années de Sissi. Il m'a alors rassurée en me disant que son Elizabeth ne sera pas du tout une fille rêvant du prince charmant et vivant dans l'ombre de l'Autriche, mais au contraire une femme tourmentée par des échecs, par une vie austère et solitaire, éprise de liberté bien qu'enfermée dans son rôle d'Impératrice, une femme ne vivant que et pour la poésie et les rêves. Le parfait sosie de son cousin royal, Ludwig de Bavière. J'ai immédiatement acceptée pour enfin tordre le coup à la légende d'une Sissi noyée dans la crinoline et les caprices. Je la voulais telle qu'elle était et c'était également le souhait de Visconti. Quel bonheur!

Delon dans le rôle de Ludwig? Le film a été fait pour Berger, parce que, d'après Luchino, il était selon lui le seul à pouvoir incarner Ludwig dans la justesse et complexité du personnage. Je suis cent pour cent d'accord avec lui. Ceci dit je ne tournerai plus jamais avec un acteur tel que Berger -si jamais je revenais au cinéma ce qui est peu probable- Helmut était trop préoccupé par son image et par la façon dont Visconti le filmait, que par son jeu. Je ne supporte pas cela.

Pourquoi les Champs Élysées? Je n'ai jamais aimé cette avenue! Trop voyante et bruyante.

Je vous embrasse de tout mon coeur,
Votre amie Rosemarie,
Hawaii, Bungalow 1020
 
 

nathalie397@sympatico.ca

  Chère Romy,

Je vous remercie de tout mon coeur et vous embrasse amicalement moi aussi! Jamais je n'aurais pensé que nous puissions devenir amies au point que vous me donniez votre adresse personnelle actuelle à Hawaii! Soit dit en passant, quel bel endroit idyllique pour une résidence, vous y plaisez-vous? Que faites-vous de vos temps libres, à part le jardinage? Vos fleurs tropicales dans votre jardin doivent être tout simplement splendides! Chez nous au Québec, c'est ma tendre mère qui aime le jardinage mais moi je raffole des fleurs et j'ai même choisi celles que je voulais pour une plate-bande romantique au bord de la rivière que ma mère s'est empressée de réaliser! Romy, vous devriez voir l'effet! Sublime! Mais aujourd'hui nous sommes en novembre et il n'y a plus une fleur dans le jardin car il fait un froid de canard ici! Ah! Comme j'aimerais être avec vous à Hawaii, m'inviterez-vous, un de ces quatre? Excusez-moi ma familiarité, chère Romy, mais je vois par vos propos que vous me trouvez bien sympathique et c'est tout à fait RÉCIPROQUE!!!

Mais si tu me le permets (me permets-tu de te tutoyer? Au Québec, sitôt que nous sommes amis, nous nous tutoyons!) Mais si ça vous gêne et bien ça ira quand même car je suis bien à l'aise de vouvoyer les gens que je viens de connaître: c'est EUX qui décident et moi je les respecte! Alors, TU ou VOUS?

Je me risque à te tutoyer mais n'hésite pas à me remettre à ma place si tu ne veux pas, je ne t'en tiendrai pas rigueur, PROMIS! Cela étant dit, j'aimerais te reposer quelques petites questions que je t'avais posées dans ma lettre précédente intitulée: Vous, Magda, Delon, Harry, Philomène et la vraie Sissi... Les voici: Comment as-tu trouvé ton passage sur les planches au Théâtre de Paris avec Delon dans Dommage... de Visconti??? As-tu aimé cette pièce au nom controversé? Quels sont tes souvenirs de scène? Des anecdotes, bonnes ou mauvaises... Aussi, as-tu joué dans d'autres pièces de théâtre? Si oui, quelles étaient ces pièces et les as-tu aimées?

Pour ce qui est de ta mère, Magda Schneider, je t'épargnerai d'autres questions, elles seraient bien inutiles car tu as bien assez parlé d'elle! Je la respecte beaucoup comme comédienne, mais vu vos relations assez tendues.

Aussi, tu remarqueras que JAMAIS je ne te poserai de questions sur ta fille unique Sarah Biasini, puisqu'elle veut garder l'ANONYMAT (à part les rares fois que je l'ai vue dans Paris Match où je crois qu'elle consentait à être photographiée et interviewée), je la comprends d'aimer la tranquillité de la vie ordinaire, car elle t'a tellement vu souffrir de ton vedettariat et des harcèlements des journalistes!!! Cependant, libre à toi de m'en parler si tu veux, je serais contente que tu me donne des VRAIES nouvelles d'elle car il arrive très souvent que je ne lise pas le Paris match. Je préfèrerais de beaucoup que ce soit TOI qui m'en parle au lieu des journalistes, si TU veux. C'est toi qui décides, ma grande Romy!

Sur ce, je te quitte, mon petit Gabriel de quatre ans me réclame!

Je t'embrasse amicalement,

Nathalie 

P.S. Pour ce qui est des Champs Élysées, c'était un jeu de mots, très subtil je l'avoue: Les Champs Élysées est le JARDIN d'Éden des grecs antiques, tu te rappelles?

P.P.S. Tu peux dire à M. Dumontais que je ne vois AUCUN inconvénient à ce que notre correspondance soit ÉDITÉE s'il le veut, car les autres lecteurs pourraient beaucoup apprendre sur des aspects méconnus de ta carrière et de ta vie personnelle (si tu ne veux pas que cette dernière soit publiée, tu n'as qu'à ne pas en parler et je comprendrai, mais entre toi et moi, certaines choses sur ta vie sont déjà publiques et documentées, donc ce sont en quelque sorte des «secrets de polichinelle!». N.