Votre meilleur souvenir |
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| Bonjour, Je m'appelle Léa. J'aime beaucoup ce que vous faites. Quel a été votre meilleur souvenir d'actrice? |
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| Bonjour chère Léa, Ouh là là! des souvenirs, mon dieu, oui il y en a tellement. Celui par exemple où j'ai rencontré pour la première fois Luchino Visconti. Delon (qui connaissait déjà Visconti) me cassait les pieds pour que je le rencontre. Moi je ne me sentais pas prête à rencontrer un si grand homme de théâtre, je venais à peine d'arriver à Paris, je venais de terminer le film-opérette Christine avec Delon, je ne parlais pratiquement pas le français et encore moins l'italien. Mais bon, devant l'insistance d'Alain qui me disait: «Viens, tu vas voir, Luchino est un homme charmant, qui sait tout.» Bref j'ai suivi Alain à Rome pour rencontrer cet «homme charmant» chez lui dans sa merveilleuse villa. Visconti se déplaçait toujours avec une canne, ce qui m'avait beaucoup impressionnée. Il était habillé somptueusement, un vrai gentleman. Il nous à conduits dans son immense salon, orné d'une immense cheminée avec du feu et nous a fait servir par sa bonne une coupe de Champagne. Il y avait des livres, des livres, pleins de livres partout. Visconti et Alain ont commencé à parler ensemble, puis pendant des heures et des heures ils parlaient, parlaient. Je n'avais pas dit encore le moindre mot. J'écoutais Luchino, j'écoutais Delon, j'étais bien, une coupe de ce fabuleux Champagne à la main, près du feu. Au bout de quatre heures de discussions, Alain m'a prise par la main et m'a dit qu'on partait. J'ai dit bonsoir à Visconti, il m'a dit en français «Bonsoir mademoiselle», et nous sommes partis. Je n'avais pas dit un seul mot de la soirée. J'étais terrorisée et j'en voulais terriblement à Alain de m'avoir ainsi fait jouer le rôle de «sa petite fiancée bien sage». Quelques jours plus tard, chez moi à Paris, je reçus un coup de téléphone, c'était Luchino Visconti! Il me demandait de venir immédiatement chez lui à Rome, seule, il voulait me lire un texte!!! Perplexe mais intéressée, je pris le premier avion pour Rome, et dans la soirée j'étais chez lui. Il était seul, toujours habillé de sa somptueuse robe de chambre, il m'a ouvert les bras et m'a embrassée, en me disant: «Mademoiselle, voulez-vous monter sur les planches avec Alain Delon?» Je n'en crus pas mes oreilles! Le grand Luchino Visconti, le metteur en scène que tous les acteurs craignent, me demande à moi, petite actrice allemande de rien du tout, si je voulais jouer dans une pièce de théâtre! Je me suis presque évanouie. Puis c'est là qu'il m'a fait prendre place dans un grand fauteuil Louis XVI, et qu'il m'a lu la pièce de Ford, Dommage qu'elle soit une putain... Il voulait la mettre en scène lui-même, avec ses propres meubles, ses propres tapis, ses propres décors... enfin une folie. Delon serait mon frère dans la pièce, je devais en tomber amoureuse avant de le tuer. Immédiatement je lui dis: «Oui, j'accepte!» C'est ainsi que je fis ma vraie rencontre avec l'homme qui allait devenir mon ami le plus cher, Luchino. Voilà un très beau souvenir que je garde au fond de mon coeur. Votre amie Rosemarie, St Tropez, Var |