La trilogie «Sissi»
       
       
         
         

jessica.frederick@globetrotter.net

      Chère Rosemarie, 

Tout d'abord, je tiens à vous dire que vous êtes une actrice extraordinaire et que ce n'est pas étonnant que vous ayez connu une tel succès. Vous pouvez vous mettre dans la peau de tous les personnages et c'est ce qui vous rend unique. Ainsi, si vous me le permettez, j'aimerais vous poser quelques questions concernant la trilogie «Sissi».

Premièrement, j'aimerais savoir si vous et Karl-Heinz Böhm vous vous entendiez bien sur le plateau de tournage et si ce n'est pas le cas, j'aimerais bien en connaître les raisons, si vous le pouvez bien sûr.

Deuxièmement, j'aimerais savoir si vous aimiez porter toutes ces toilettes somptueuses et aussi si les cheveux étaient réellement les vôtres.

Finalement, j'aimerais savoir pourquoi vous avez tant détesté tourner dans la peau de Sissi.

Toutes mes salutations, en espérant que vous répondrez gentiment à toutes mes questions.

Je vous remercie,
Jessica

 

       
         

Romy Schneider

      Bonjour Jessica,

Merci mon amie. Je dois vous avouer que je suis assez troublée. Depuis que je ne tourne plus, je ne suis plus habituée à recevoir de tels compliments concernant ma vie professionnelle. Non, je ne peux me mettre dans la peau de tous les personnages, les femmes que j'incarnais devaient défendre leur individualité, leur emprise des hommes qu'elles aimaient, elles recherchaient toutes leur liberté... Pour moi, cela représentait vraiment la femme moderne! Jouer une femme sans opinion, non active, ne m'a jamais intéressée et je n'aurais pu l'incarner.

Ah Sissi! Toujours Sissi! Je ne vous en veux pas. Oui, Karl-Heinz était absolument adorable avec moi. C'était un gentil garçon. Il prenait son rôle de Franz très au sérieux. Nous avons débuté au cinéma presque en même temps. La production, poussée par ma mère, m'a fiancée avec Karl-Heinz, c'était assez ennuyeux parce que dans toutes les soirées mondaines, nous étions présentés commes «les fiancés du cinéma allemand», alors qu'il n'en était rien, et cela nous faisait bien rire, à moi et Karl-Heinz. Le problème avec lui -mais cela ne me regardait pas- fut qu'il était trop sage comme jeune homme, et très obéissant par rapport à la production. Il aurait joué toute sa vie le rôle de Franz, si j'avais accepté de donner ma carrière à Sissi. J'ai de très bons souvenirs avec lui.

Les crinolines, quelles affreuses choses! Ces femmes devaient être malheureuses de porter ces lourdes robes. 12 heures dans ces robes et j'étais fatiguée et avais des bleus partout sur les épaules. Mon dieu quand j'y pense! Non, je portais des perruques. Elles étaient fixées sur mes propres cheveux, et j'avais le cuir chevelu tout irrité et tout rouge. À la fin de journée j'avais mal au dos et à la tête, tellement ces perruques étaient lourdes. Quel cauchemar!

Je n'ai jamais détesté jouer Sissi. Au contraire, le personnage était très intéressant, Sissi se voulait libre, elle aimait ce que détestait la cour de Vienne, la poésie, les chevaux, la nature, les dieux, alors qu'elle était entourée de gens qui n'aimaient que le côté militaire et strict de la cour. Finalement elle était très proche de ma propre pensée. Par contre ce que je détestais, était que continuellement, jour après jour, on ne me parlait que de Sissi, on ne me voyait qu'en Sissi. C'est ça qui m'a ennuyée et énervée avec le temps. Je n'avais plus aucune personnalité, l'actrice, la femme Romy n'existait plus. Lors de mon mariage avec Harry par exemple, les journaux allemands titraient: «notre chère Sissi épouse le metteur en scène Harry Meyen», lorsque David est né, ça recommençait: «David est né, Sissi est maman», si Harry était interviewé, on lui posait des questions du genre: «Cela fait quoi d'être le mari de Sissi?», «Avez-vous l'intention, vous et Sissi d'avoir un autre enfant?»... J'avais envie de mettre des claques à tout le monde, et si finalement Harry et moi avons divorcé, ce problème en était beaucoup la cause. Même avec mon deuxième mari Daniel, Sissi nous a empoisonné la vie. Lors de la sortie du film La piscine avec Delon, les Allemands n'ont rien trouvé de mieux que de trouver déplacé que Sissi ose se montrer en bikini...

Ma chère Jessica, comme vous le voyez la vie d'actrice n'est pas simple et parfois j'aurai préféré être une simple serveuse de café avec mari et enfants. Le cinéma était toute ma vie, mais pas ce qui allait avec!

Je vous embrasse très très tendrement,

votre amie, Rosemarie
Boissy-sans-Avoir, Yvelines, Paris