| |
|
Bonjour chère Romy,
Je me demande toujours: qu'est-ce qui n'a pas marché entre Daniel
Biasini et vous? Cet homme avait l'air pourtant très tendre et très
attentionné envers vous... Est-il vrai que c'est parce qu'il était un
peu jaloux de votre succès? En tout cas, je trouve qu'il est très
séduisant, d'après les quelques photos de lui que j'ai vues dans le
Paris-Match...
Pardonnez encore cette nouvelle indiscrétion, chère Romy. Mais, sauf
votre respect, je trouve que ce fut sûrement une erreur de quitter un
homme si aimant et si formidable avec vous, qui de plus vous a donné
votre charmante fille, la divine jeune Sarah... Vivement qu'on la voie
davantage au cinéma car, malgré vos craintes et vos réticences à cet
égard, je suis certaine que bon sang ne saurait mentir et que de ce fait
Sarah est une excellente actrice, ce qui n'est pas si courant de nos
jours...
Nathalie
Ma très chère Nathalie,
Je vous remercie de m'écrire, mais le sujet de votre lettre me renvoie à
un passé douloureux que je ne souhaite pas ouvrir.
Ce que je peux dire et qui je crois n'est un secret pour personne, cet
homme en qui j'avais mise toute ma confiance au point de devenir sa
femme et de lui donner un enfant, s'est montré fort goujat.
Après l'avoir rencontré je l'ai prise à mon service comme secrétaire.
Puis j'ai eu la surprise de voir mon petit David s'être attaché à
Biasini. David se sentait très seul et était un garçon sensible, et bien
que nous avions été toujours très proche, il avait besoin d'une présence
paternelle.
Petit à petit Biasini est entré dans notre vie, c'était un jeune homme
fort séduisant et très attentionné. Finalement il m'a demandé de
l'épouser, j'ai dit oui. Il à alors changé ma vie, moi qui ne sortait
pratiquement jamais, je me suis mise à sortir dans les soirées
parisiennes en compagnie de mon mari, à voir du monde. Hélas j'ai très
vite comprise qu'il m'exhibait, il était fier d'être l'époux de Romy
Schneider...
Notre couple a très vite eu des hauts et des bas, moi j'avais ma
carrière à mener et me devait d'être disponible rien que pour le cinéma,
lui, ne le comprenait pas, il prenait ça pour de la froideur de ma part
à son égard. Il s'est mis alors en tête de devenir mon homme d'affaires
à défaut d'être mon compagnon. Son sens des affaires fut déplorable, et
je devais couvrir les pertes et les dettes d'argent avec mon argent.
Puis la venue de Sarah fut la plus belle chose de se mariage. La joie
fut de courte durée, Biasini commençait à devenir exigeant, à me
demander des excès... J'ai alors appris par mes amis que Biasini se
comportait en public en gigolo et ils me conseillèrent d'essayer de le
surveiller, or mes films me prenaient tout mon temps. Un soir je suis
rentré d'un tournage très pénible, j'étais très fatiguée, j'ai eu la
surprise de trouver la maison vide, il ne restait plus que la petite
Sarah en compagnie de sa gouvernante, Biasini était parti avec David en
voyage aux États-Unis.
Ce fut alors le début de la fin et les disputes entre nous devenaient
perpétuelles. Il me menaçait de demander le divorce et d'emmener Sarah
et David loin de moi. Il faut dire que David s'était très attaché à lui,
il voyait en Biasini un copain. De plus David m'en voulait de ne pas
m'entendre avec Biasini, le pauvre petit ne pouvait pas encore
comprendre qui était vraiment l'homme que j'avais épousé. Sur les
suppliques de David, je l'ai laissé partir avec Biasini à Los Angeles en
Californie et là ce fut le coup de marteau: Biasini me demandait par
téléphone d'accepter de divorcer et de lui accorder une rente mensuelle;
sinon il refuserait de rentrer avec David.
Je suis allé voir mes avocats et j'ai divorcé en lui accordant ce qu'il
me demandait. J'avais donc réussie à garder Sarah mais avec David ce ne
fut pas si simple, il refusait de se séparer de Biasini, allant passer
de longs week end chez les parents de Biasini dans leur propriété des
Yvelines. C'est là que David à perdu la vie. Je m'arrête.
Je vous embrasse Nathalie.
Rosemarie, Paris
Très chère Romy,
Comme je trouve cela dommage que des humains qui se sont compris et
aimés si tendrement puissent un jour en arriver à se faire tant de
mal... Mais il faut croire que c'est un des tristes lots de la vie
humaine... Je ne vous juge pas, lumineuse Romy, mais je ne juge pas
Daniel Biasini non plus...
Pourquoi? Parce qu'il était malheureux et se sentait très seul car vous
ne viviez que pour votre travail... même si vous aimiez très fort votre
petit David, c'est Biasini qui s'en occupait plus que vous ou sa
gouvernante, au point qu'il est devenu son meilleur copain... Mieux, il
est devenu comme son papa et de fait, c'était son beau-père qu'il
adorait. Vous auriez dû être tellement heureuse de ce fait, chère
Romy... Au lieu de quoi, je crois que, ne vous en déplaise, vous en avez
été un peu jalouse et vous en avez éprouvé un certain sentiment de
culpabilité de ne pas être plus souvent disponible pour votre fils, mais
ce n'était PAS votre faute, vous étiez une «workaholic» comme on dit de
nos jours (vous ne pouviez pas arrêter de travailler car vous étiez
toujours très en demande pour des films plus intéressants les uns que
les autres et pour lesquels vous vous passionniez). David a su, comme un
grand, compenser vos absences par la présence quasi quotidienne de
Daniel et cela a été son réconfort; je crois même qu'il est mort très
HEUREUX et insouciant car il se savait AIMÉ par un homme qui AIMAIT sa
maman. Mais un homme qui se sent seul et rejeté au profit du travail de
sa bien-aimée peut sombrer dans n'importe quel excès, c'est un fait
psychologique bien connu... Malheureusement, les hommes sont souvent de
grands PETITS garçons dans leur âme, ils le restent souvent toute leur
vie sans le savoir et comme les petits garçons avec leur mère ils
feraient n'importe quoi pour avoir l'attention de la femme qu'ils
aiment. Sans quoi, ils tombent dans la déchéance et c'est à ce moment
précis que le PIRE peut arriver...
Romy, je ne vous blâme en rien (comment pourrais-je blâmer la plus
grande actrice européenne de tous les temps?) car vous aviez un Destin
qui s'est accompli malgré vous... Nous avons TOUS un Destin... Moi j'ai
un fils handicapé mental et c'est MON Destin... Ce n'est pas facile tous
les jours mais il y a de grandes compensations car je l'AIME. C'est pour
moi la présence quotidienne continue auprès de mon fils, mon blond petit
archange Gabriel, qui compense son handicap, car je le vois évoluer tous
les jours et même aller au-delà de ses limitations... Vous avez eu la
chance d'avoir un petit ange sur cette Terre (David) et que vous le
vouliez ou non, SON ange gardien à lui (après la mort tragique de son
père biologique), c'était Daniel Biasini. Mais est-il possible qu'un
ange gardien puisse faillir à la tâche (ne pas être TOUJOURS là pour
veiller sur son protégé)?
Il semble bien que oui, malheureusement, car les anges gardiens
s'incarnent dans des êtres HUMAINS, donc ils ne sont malheureusement pas
infaillibles...
Avec toute ma compassion,
Nathalie
Ma très chère Amie
Votre réponse me touche énormément. Il est très tard ou tôt, je n'ai pas
sommeil, je vais prendre le temps de vous répondre en toute modestie.
Lorsque j'ai rencontré Daniel, mes derniers films m'avaient épuisée tant
sur le plan moral que physique. Oui, ma carrière me dévorait, me prenait
tout mon temps, et malgré cette fatigue, j'étais heureuse d'avoir enfin
trouvé des gens dans le cinéma qui sont des créateurs et non des gens
d'argent.
Daniel était brillant, attentionné autant avec moi qu'avec David. Mon
fils était alors fragile, il avait effectivement besoin d'une présence,
d'une vraie présence. Il avait goûté aux revers de ma célébrité, le
pauvre, ne pouvant aller jouer dans le parc avec ses camarades parce que
ces foutus photographes l'importunaient, à l'école c'était pire, on
allait jusqu'à le photographier dans la cour à la colère de ses
professeurs. Un vrai cauchemar pour un enfant de son âge.
Pendant les vacances scolaires et lorsque je tournais, je le prenais
avec moi, il me conseillait sur ceci ou cela, sur mes vêtements, ma
coiffure, nous étions très proche. Je savais que les tournages n'étaient
pas la place d'un enfant, mais je le voulais à mes côtés.
Daniel est très vite devenu son ami, cet homme plaisait à David, et
savait lui plaire.
Un jour la chaîne de vélo de David se cassa, Daniel la lui répara en un
instant, je compris alors que David avait besoin d'une main d'homme.
Daniel était beau, avec de belles manières et notre différence d'âge (9
ans) ne me posait pas de problème, au contraire, je me sentais jeune à
ses côtés.
Nous n'étions pas encore mariés lorsque j'ai appris que j'attendais un
enfant, et je devais donner un nom à cet enfant; Biasini également le
souhaitait.
Nous sommes alors mariés en petit comité juste avec les témoins, je ne
voulais pas d'une fête avec 2000 invités et tout le bastingue, je
voulais être seule avec mon mari. Daniel, lui, avait souhaité une
immense fête avec Rolls, flashs, des milliers d'invités et un endroit
riche, il voulait que le monde sache qu'il venait d'épouser Romy
Schneider.
Peu de temps après l'annonce de notre mariage dans la presse, les
journalistes ont commencé à le surnommer Monsieur Schneider, un jour il
est allé casser la figure à l'un d'eux, j'ai dû payer le procès!
C'est pourquoi je voulais un mariage secret.
Biasini était sans complexe, avant de tomber dans les bras, il a été mon
secrétaire, mon chauffeur et mon confident, après le mariage il a très
vite souhaité «prendre en main» ma carrière et nous avons fondé une
société de productions pour tourner nos propres projets de film.
Au début pendant la grossesse, nous nous entendions comme deux amoureux,
il était calme, gentil, j'étais sûr de n'avoir jamais porté un si grand
amour pour un homme. Delon? J'étais une gamine. Harry? Ce fut si court.
Je ne pouvais pas vivre seule, j'ai eu la chance de rencontrer un homme
auquel je me sentais très profondément attachée. J'avais 37 ans, lui, à
peine 28 ans. Mais la différence ne me faisais pas peur. En prenant de
l'âge j'avais appris à apprécier chaque instant mon bonheur, à goûter
les plus beaux moments de la vie.
Oui j'étais alors une femme complètement amoureuse et comblée.
Si j'avais su.
La première alerte eu lieu au début de février 1976, Daniel m'avait
décidé de me rendre à une cure afin de maigrir. Je voulais perdre du
poids, mais je ne voulais pas me retrouver seule dans un endroit aussi
triste et déprimant. J'étais prête à louer une maison non loin de ma
cure pour avoir près de moi Biasini, David et la petite Sarah. Quelle ne
fut pas ma surprise quand Daniel refusa de me suivre, me laissant aller
seule à cette fichue cure.
C'était insupportable, surtout que c'est lui qui avait lourdement
insisté. Je me suis donc retrouvée seule... à maigrir dans mon coin.
J'ai immédiatement détesté l'endroit, et surtout la nouvelle de ma cure
avait fait le tour des rédactions parisiennes, et en quelques jours
l'endroit fut envahi par des journalistes et des photographes.
Heureusement que j'étais entrée sous un faux nom mais devais sans cesse
me camouflée pour échapper à ces fous.
J'ai très vite pris l'avion pour Paris.
Lorsque je suis rentrée, je trouvais l'appartement sans dessus dessous,
les décorateurs travaillent dans le salon, le bureau, les chambres, je
fut effrayées; Daniel voulait me faire une surprise! Sa surprise me
coûta plusieurs millions de francs.
L'argent ne m'avait jamais posé de problème, en fait, je n'y pensais
pas, je n'ai jamais dépensé moi-même mon argent, adolescente ma mère
s'en chargea, ensuite ce fut mon beau-père (le mari de ma mère), ensuite
ce fut mon mari Harry Meyen. Celui-ci me coûta toute la fortune que
j'avais amassée et que ma mère n'avait pas dépensée.
Je ne voulais pas que cela recommence avec Daniel. Il n'avait pas de
travail, vivait avec mon argent, et avait d'énormes besoins. Il aimait
le luxe.
En 1977 j'ai accepté des tournages par besoin d'argent, j'aurai bien
aimé m'arrêter de tourner un peu, mais l'argent faisait défaut, et il en
fallait. Le fisc prenait beaucoup, Biasini le restant. Une maison par
ci, un chalet en montagne par là, des vêtements très chers, des voitures
de luxe, des sorties dans les night-clubs, très vite nous nous sommes
retrouvés sans argent.
Malgré cela, les ragots au sujet de notre couple me laissaient froide.
Je laissais faire, raconter que mon mari n'était en fait qu'un gigolo
vivant au crochet de sa femme célèbre. Cela ne m'atteignait pas. J'étais
heureuse avec ma petite fille, David et mon mari.
Je prenais même goût à l'argent et prenais plaisir pour la première fois
à négocier mes contrats. Biasini m'avait convaincue que j'étais
sous-payée, il me disait qu'une star comme je l'étais était au moins
gagner le triple. Je savais qu'en demandant des fortunes aux
producteurs, je ne serais plus libre de choisir mes films, apparemment
cela avait échappé à Biasini qui souhaitait voir entrer de l'argent en
banque.
Mes amis, Piccoli, Trintignant, Brialy, Sautet me traitaient alors de
folle, j'étais folle d'entretenir un mec comme Biasini, pour eux il
devait travailler pour subvenir à sa famille au lieu d'attendre l'argent
de sa femme. Ils n'avaient pas tors!
Je travaillais douze heures par jour pratiquement tous les jours,
lorsque je rentrais j'étais fatiguée, Biasini ne comprenait pas cela, il
voulait me sortir, que je l'accompagne dans les soirées mondaines, au
théâtre, dans les cocktails, c'était au-dessus de mes forces, je le
laissais alors y aller seul.
En juin 1977 Biasini m'a fait louer une immense villa luxueuse à
Ramatuelle sur la Côte d'Azur, pour qui? Pour moi? Pratiquement toutes
les nuits je suis seule, mon mari sortait dans les boites de nuit de
Saint-Tropez jusqu'à des 6 heures du matin. Moi j'avais du travail, des
scénarios à lire, des personnages à préparer. Je ne trouvais même pas le
temps de m'amuser avec mes enfants. Le jour Biasini dormait ou se
faisait bronzer autour de cette piscine en marbre. Je commençais à
douter de son amour. Et si ce que disaient les gens à Paris était vrai?
S'il m'avait épousé parce que j'étais Romy Schneider, parce que j'étais
faible et seule avec un enfant?
En janvier 1980 sous un faux prétexte de travail Biasini s'était envolé
pour les États-Unis et comptait y rester plusieurs mois. A Paris j'avais
besoin de lui, ma santé me causait des problèmes et David devenait de
plus en plus irritable. Le pauvre gosse c'était de son âge. Il commença
à vouloir rejoindre Daniel à Los Angeles, pour moi cela était hors de
question, mais quelques jours plus tard je cédais et David parti
rejoindre Biasini.
Lorsque David est revenu il avait l'air étrange, je ne reconnais pas son
caractère. Il m'en voulait et des tensions entre nous eurent lieu.
En avril j'étais complètement épuisée par mon travail, lorsque j'ai reçu
une lettre de Daniel m'informant qu'il souhait rester aux États-Unis
encore quelques mois.
Je pris la décision qu'il était grand temps de faire quelque chose.
C'était plus possible. J'étais encore jeune, je pouvais encore refaire
ma vie au lieu de suivre un bonhomme absent en train de dépenser de
vraies fortunes dans des palaces.
David était triste mais je ne pouvais rien faire, essayant de lui
expliquer la situation, il s'est refermé sur lui même.
Je suis allée voir mes avocats et j'ai pris la décision de divorcer.
En mai 1981 j'ai laissée partir David dans la maison des parents de
Biasini. David les vénère. Je sais aussi qu'ils allaient le monter
contre moi, ils avaient le beau rôle; David avait trouvé en cette
famille une famille de substitution, et je ne pouvais rien faire, rien
lui dire.
J'aurai dû pourtant, j'aurai du le ramener près de moi, lui expliquer...
lui expliquer quoi? Que Biasini n'était pas le gentil copain, le mari
aimant de sa mère, qu'il n'était pas l'homme qu'il croyait? C'était
au-dessus de mes forces, ne sachant pas sa réaction. Je le laissai chez
ces gens...
Chère Nathalie, cela m'a fait du bien de vous dire tout cela.
Aujourd'hui c'est du passé, je vis une nouvelle histoire avec un nouvel
homme, Sarah va bien, je commence à remonter la pente après le drame.
J'ai accepté un nouveau film, dirigé par Jacques Rouffio, «~La passante
du Sans-Souci~». C'est mon projet. Le personnage me ressemble tant.
Grosses bises mon amie
Rosemarie, Paris
Ma très chère Amie Romy,
Votre réponse aussi me touche énormément. Votre confiance encore plus!
Je n'aurais jamais pensé qu'une star telle que vous puisse décrire sa
vie en tant de détails précis à de purs étrangers, même si vous les
considérez comme des amis... Je vous suis reconnaissante de votre
immense générosité, de votre don de vous-même. Vous dites que cela vous
a fait du bien et j'en suis fort heureuse.
Je vous ai répondu que je ne jugeais pas Daniel Biasini. C'est encore
vrai. Je refuse de voir uniquement le côté sombre que nous portons tous
en nous. Daniel avait une grande lumière qui émanait si fort de lui que
votre petit David en fut tout ébloui... Et Dieu sait combien les petits
garçons peuvent être méfiants envers le nouveau conjoint de leur
précieuse maman bien-aimée! Alors le seul fait que David lui ait fait
d'emblée confiance est éloquent: la vérité sort de la bouche (et du
coeur) des enfants, n'est-ce pas l'adage bien connu?
De plus, Daniel Biasini est le père de votre lumineuse et divine petite
Sarah qu'il adore et elle aussi adore son père, ce qui est une autre
preuve de la bonté inhérente de cet homme. Or, c'est un homme comme tous
les autres hommes, même les meilleurs sont tentés par la convoitise de
tous les plaisirs. Ce n'est pas bien méchant mais nous, les femmes, nous
sommes beaucoup plus sérieuses et responsables car c'est dans nos gènes
féminins, j'imagine... En effet, il faut bien qu'un des deux conjoints
soit raisonnable, surtout si cette femme est une star telle que vous!
Votre grande beauté, votre célébrité et votre argent brillaient d'un
éclat irrésistible auquel n'importe quel homme, même un saint, n'aurait
pu rester indifférent. Surtout que Biasini vous côtoyait tous les jours,
étant votre chauffeur privé, votre secrétaire et votre confident (on dit
toujours que seul notre coiffeur sait tous nos petits et grands secrets
mais que dire d'un secrétaire particulier!!! C'est le confident par
excellence, bien sûr! Pas étonnant que les grands businessmen soient
souvent séduits par leurs secrétaires car elles les connaissent souvent
mieux que leurs épouses elles-mêmes, du moins en ce qui concerne leur
véritable emploi du temps! Et de là à en faire leur épouse, il n'y a
qu'un pas! Or, dans votre cas les rôles ont été inversés, c'est tout!
Dans le même ordre d'idées, combien d'épouses se plaignent amèrement de
leur mari qui travaille sans cesse et qui n'a jamais de temps pour
elles? À plus forte raison pour un homme par rapport à son épouse
puisque comme je vous l'ai dit dans mon autre courriel, un homme est
très souvent un petit garçon qui s'ignore! Si, si signor! (pardonnez mon
orthographe mais je ne parle pas ni n'écris l'Italien, contrairement à
Biasini et votre réalisateur préféré, le grand Luchino Visconti. Ah, le
Crépuscule des dieux, quel chef-d'oeuvre méconnu!)
Pour ce qui est de la Passante du Sans-souci, je le visionnerai ce soir
même car il passe à la TFO (Télévision Franco-ontarienne sur le câble) à
21 heures! Je l'ai déjà vu à plusieurs reprises mais comme c'est l'un de
vos meilleurs films je le regarderai et l'écouterai encore avec grand
plaisir pour voir mon actrice préférée, la majestueuse et UNIQUE Romy,
dans deux rôles à la fois! Quelle extase!
Avec toute mon amitié admirative,
Nathalie
Chère Romy,
J'avais oublié de vous poser une question sur votre très bon film «La
Passante du Sans-Souci». La voici donc: dans ce film dont l'action se
passe au temps de la deuxième guerre mondiale, vous jouez deux
personnages aux prises avec le nazisme et l'antisémitisme (une femme
allemande recherchant son mari qui a été envoyé dans un camp de
concentration et une femme française dont le mari juif est jugé pour
avoir tué celui qui a fait envoyer le mari de la première au camp de
concentration): j'aimerais savoir quel effet cela vous fait de savoir
qu'Hitler vivait à quelques kilomètres de la maison de votre enfance à
Berchtesgaden? Votre famille a-t-elle eu à souffrir de la proximité de
ce monstre même si vous n'étiez pas juifs. Votre mère étant aussi
actrice, a-t-elle manqué de rôles pendant cette époque troublée où même
les arts étaient rationnés?
Merci de votre réponse qui sera sûrement très intéressante, comme de
coutume,
Nathalie |