Clair de femme
       
       
         
         

aymeric666@oreka.com

      Chère Romy Schneider,

Jusqu'à présent, quel film préférez-vous dans votre carrière cinématographique? Est-ce pour l'ambiance sur le tournage ou la qualité du film?

À propos de «Clair de femme»: j'ai entendu dire que vous aviez été proche de Romain Gary et que vous lui aviez inspiré ce roman et cette histoire d'amour... qu'en est-il vraiment?

Je trouve le livre et le film sublime... et vous y trouve sublime aussi.

Bien à vous,
Aymeric

 

       
         

Romy Schneider

      Cher Aymeric,

Vous me faites faire un incroyable bond en arrière; mais c'est bien, j'ai tendance à oublier les personnages auxquels je me suis accrochée et que j'ai défendus.

Comment j'ai aimé porter Lydia. Elle me ressemblait terriblement, elle cherchait, comme moi je cherchais à l'époque à recoller ma vie, mon passé. Lydia était dure, la vie ne l'avait pas épargnée, elle était plus malheureuse que moi, cependant je me retrouvais en elle. Elle était si belle dans son coeur, dans son âme.

Mais Michel, le rôle de Yves, j'aurai bien aimé rencontrer cet homme dans ma vie, ma vraie vie, ma vie de femme. Il était si sensible, si perdu et en même temps si fort; comment peut-on être si fort après avoir perdu un être cher!
Mon dieu quand j'y pense, j'étais si faible, moi, moi Romy Schneider.

J'avais lu le roman de Gary avant de savoir que j'allais être cette femme, cette femme bousculée par la vie, meurtrie par des sentiments perdus. C'est Costa qui ma téléphoné et qui m'a demandé ce que je faisais dans les mois à venir. J'ai demandé pourquoi, il m'a alors proposé Lydia... C'est drôle, je n'ai pas été surprise qu'il me le propose, et j'ai dit oui tout de suite. Nous avons cherché ensemble le rôle de Michel, nous avons pensé à Michel (Piccoli), à Jacques (Dutronc), puis j'ai pensé à Yves, qui a immédiatement accepté.

Michel et Lydia étaient maintenant de chair et de sang.

Quel film je préfère? Mon dieu comment choisir? J'ai tout de même un faible pour L'important et cette merveilleuse Nadine Chevalier. Femme que j'ai énormément aimée, peut-être parce qu'elle me ressemblait elle aussi terriblement. Comme elle, je rêvais de pouvoir m'échapper, mais échapper à quoi, à qui? Ni moi, ni Nadine nous le savions, c'est ça que j'ai aimé, de chercher ensemble, comme deux soeurs!

Et Jacques! Mon dieu, qu'il était sensible! Un grain fou, mais lui aussi, insatisfait.

Oui, Nadine a été un grand tournant dans ma vie, et une fois le film achevé, j'ai perdu Nadine, et en même temps j'ai perdu ce rêve; il ne voulait plus rien dire!

Vous savez, je viens de terminer un nouveau film, il se nomme La passante, et j'en attends beaucoup. Michel (Piccoli) est si bon avec moi! J'espère que le public va aimer, j'en attends tellement... il était si difficle à tourner! J'espère qu'il me donnera à nouveau le goût de vivre, et qu'il me pousse à tourner dans le nouveau d'Alain (Delon), L'un contre l'autre, en préparation pour cet été. Mais je suis si fatiguée!

Excusez-moi d'avoir été si longue,
je vous embrasse Aymeric, et à bientôt

Rosemarie,
Paris, avril 82