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| Salut,
J'ai parcouru vos correspondances -qui à votre image sont
légion, n'est-ce pas?- et je dois dire que j'ai beaucoup
apprécié.
Car
oui, ce latin savamment dosé (qui n'est sans doute pas abscons mais
hélas simplement hors de ma portée de non-latiniste), ce verbe riche et
élégant rendent honneur au Prince de ce monde, et me donnent presque
envie de rejoindre ses rangs.
Las, je suis un solitaire dans
l'âme. Je n'aurais pas la prétention d'affirmer que je me suis dégagé
des référentiels habituels -comme chacun j'aspire à être vu et et à
dominer, par amour ou par peur... c'est sans importance. Quoique,
dominer implique des responsabilités, et les responsabilités ne
réussissent pas aux gamins de ma trempe. Disons jouir, alors?
Bref!
Point d'obséquiosité dans mon verbiage, je vous écris parce que j'aime
votre plume, et qu'une hypothétique réponse me ravira probablement.
J'ai
bien sûr quelques interrogations. Je me suis penché sur le cas du
Nazaréen, récemment. Est-il venu apporter l'amour ou le glaive, en
définitive? Et pourquoi diable, si j'ose dire, sa nature divine a-t-elle
triomphé sur sa nature humaine; l'envoyant expressément sur la croix,
là où le sang donne tout son poids aux mots..?
Peut-être que l'ami Nietzsche l'a bien cerné.
Deux
mille ans de christianisme, encore plus de monothéisme. Niveau
architectural, musical et artistique en général, il n'y a pas dire, ça a
eu du bon. Pour le reste, la question se pose encore.
Vous
voyez, Prince, je ne suis pas foncièrement méchant, ni particulièrement
diabolique -car, yep, j'imagine qu'il y a une différence entre les deux.
Je ris du manichéisme, je suis un menteur invétéré et un lunatique
fini, mais bon. Comme a dit un tiers, «une pourriture, mais un cœur en
or». Je ne tiens pas vraiment du fauve cruel et superbe tel que l'on
peut en trouver chez vos rebelles, las. Mais après tout, je suis encore
en construction. Peut-être que la vie donnera une valeur commerciale
plus intéressante à mon âme. Je solliciterais bien un coup de pouce,
mais je suis un peu trop vaniteux. A force de souffrir, ça devrait
passer. Ou se muer en orgueil, ce qui est plus viable, ouais.
Je
bavarde, je bavarde, j'allais dire que j'espère être encore en vie le
jour où vous viendrez revendiquer votre autorité ici-bas -car à défaut
d'être plaisant pour mézigue, ce sera en tout cas théâtral, mais...
Mais...
force est de reconnaître que j'ai un brin la pétoche. J'ai le souvenir
bien présent de paralysies du sommeil et de délires psychédéliques où le
Démon rimait avec terreur. Oui, l'on a tendance à imaginer un éphèbe
superbe derrière plume aussi exquise, mais il y a peut-être plutôt un
masque grimaçant, terrible.
Et je pourrais tergiverser ainsi ad
nauseam... Syndrome de l'écrivain raté ou en devenir, malédiction de
l'être mortel et pas omniscient qui pour tromper le désespoir et
l'aridité, en vient parfois à interpréter les signes -et pire! à les
chercher.
Mais toujours il me semble, toujours il faut garder un
sourire, un dernier sourire ironique, pour le funeste jour où la vie
tour à tour salope et naïade viendra me jeter la dernière pelletée de
selle dans la gueule.
Et j'imagine que s'il y a quelque chose,
autre chose après ou à côté, l'on sera amenés à se croiser. À moins que
ce ne soit déjà fait.
Un rêveur fatigué,
C.
Murmure: un bel être m’envoie une belle lettre, hum…
J’ai su,
Après zieutement (sic), que ta lyre ossue,
Issue de ton cœur ridé,… affouillé, déçu,
Était le fruit morne d’une ire bossue,
Notamment, te dis-je, d’horions reçus.
Note:
les tares se tronquent à coups de vertus; celles-ci germent après
quelques bourrèlements. C’est par oubli qu’on oublie. L’espoir…
L’espérance l’allaite. Les douleurs qu’allaitent maints courroux sont
salutaires. Ce qui ne te tue pas te rend plus fort, dit Nietzsche. Je
corrige: ce qui ne te tue pas te rend plus fort, orgueilleux et
handicapé. Ce fut son cas d’ailleurs. Cillement.
À tantôt, rêveur-las.
Deux gaules joignant un cygne,
Dalel n’tchrofth,
SATAN
Σατανάς
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