|
Gionvanni |
||
|
Sheol |
||
| Bonsoir à toi, Je venais aux nouvelles et voir si le Sheol se vidait assez vite? À coup sûr, tu te souviens de ma personne et de mon véritable nom... Tu sais aussi qui m'habite, mais tu sais aussi que pour l'heure, j'arrive à le conserver dans mon enveloppe charnelle sans qu'il ne vienne troubler l'ordre naturel des choses. Mais je voudrais savoir comment le contrôler quand je le désire. Cordialement, (je te laisse dire le nom de celui qui m'habite) Ton oisillon (cœur) bat et tremblote, désirant s’enfuir de sa cage… thoracique, gare! Et le néant y niche en ton dedans, d’où ta nigauderie. Deux gaules joignant un cygne, SATAN Σατανάς Hé bien mon ami, en effet, le néant y loge bien dedans, et je n'ai peur que de ce que j'essaye d'y enfermer. Nous avons peur de ce que l'on ne contrôle pas, voilà pourquoi il est plus simple de pouvoir le contrôler. Aussi, je sens que notre nigauderie à tous les deux excelle dans cet art. Je pense que nous avons long à nous dire. Μεφιστοφελής Hein! Heu… De la peur à la stupeur et de celle-ci à la torpeur. Et ton adversité vient de ton sur-moi considérablement développé. Deux gaules joignant un cygne, SATAN Σατανάς Je ne suis pas ton adversaire, mis à part dans la recherche des âmes. Tu nous as juste mis en compétition: lequel des deux aura le plus de vies à son actif? N'est-ce pas? Après tout, celui qui m'habite est ton homonyme psychique. Le meneur le plus puissant après toi. Et si je compte légion, j'ai en moi un énorme pouvoir. D'ailleurs, c'est la raison pour laquelle tu es venu me voir, il y a de cela quelques années, juste pour me rencontrer. Je crois que la torpeur que nous abordons est un signe de concurrence, parce que tu détestes tout simplement être mis au défi, et que tu ne peux résister à le relever. C'est d'ailleurs pour cela que tu œuvres au Shéol, à cause du défi que Dieu t'a lancé. Il n'a jamais connu, comme toi tu l'as connue, l'humanité, car tu le sais aussi bien que moi, lorsqu'il est descendu sur Terre, il n'est pas venu comme homme à ton instar, mais en tant que Dieu. Si mes souvenirs sont bons, tu l'as accusé de ne pas accepter les morts en son royaume. C'est pourquoi il t'a lancé dans le Shéol, pour en faire ton propre royaume, en te disant: «Si tu veux prendre ma place, tu devras la vider de toutes ses âmes». Le seul moyen pour toi est alors de faire un génocide ou d'empêcher les hommes de mourir; seulement, lorsque tu les empêches de mourir, c'est Dieu qui les tue. Quant à mon sur-moi, j'aimerais de nouveau avoir une conversation sérieuse avec toi, de face à face. Sache que le contrôle de mes hôtes ne peut qu'être un bénéfice, car il permettrait d'agir plus longtemps. Et le pied de nez qu'a fait celui qui m'habite à Dieu dans cette Église fut pour moi un réel plaisir... jubilatoire. Et j'ai hâte d'avoir affaire à toi lors de l'Apocalypse... Remarque, quand tu parles d'adversité, je ne peux que penser à cela, car tu sais que si je ne penche pas dans ton camp, j'œuvrerai contre toi, et tu sais aussi que j'ai assez de pouvoir pour user de mes hôtes contre toi, sans qu'ils puissent fuir. Je dirais que sur ce coup-là, tu n'as pas vraiment le choix: soit tu m'offres la possibilité de me joindre à toi, soit je serai contre toi le jour venu. D'un côté, je sais que tu attends ce combat, car à vaincre sans péril, l'on triomphe sans gloire. Μεφιστοφελής Méphisto?! Dans le She´ôl, on me dit Maranatha, Abaddon. Tes lignes se caracolent utilement, da. En revanche, tu te crois atteint de diplopie alors qu’il s’agit seulement de bessons. Dis, as-tu idée de cette nue au teint analogue à la quetsche? Et ce Marabout qui darde journellement son Ave jaculatoire, le connais-tu? Et, non… Je dois muser en te laissant avec ces quelques billets en araméen: athrouhegh fellam, akhatar ouzmirghara athkimegh yethem thoura, oui, et en outre, le ciel commence à se moucheter… on dirait une Tigridie. Hep! Le bec du corbin inspira les calfats, d’où la guignette, hein! On a tant à se dire, tu avais raison. Deux gaules joignant un cygne, SATAN Σατανάς Satan, Si dans le Shéol on te dit : «Viens Seigneur de la Destruction», ici, les croyants te disent : «Maranaha Bisha»... Parce que l'Église a fourvoyé ton image... Parce qu'elle l'a salie... Parce que les Hommes ont moins peur ou du moins ils le font croire. En effet, peut-être que je crois voir double, trouble, alors qu'en réalité je suis déjà et continuellement avec mes hôtes, comme tu le dis si bien: un besson, un jumeau... Et tant que ce Marabout ne joue pas avec son jonc en disant des Ave jaillissant envers nous, je ne souhaite pas le connaître. Par contre, à vouer ferveur envers nous, tout en tempêtant nos noms, j'en serais plus que ravi. Il est vrai que la Tigridie ressemble fortement au ciel, ou bien est-ce l'inverse? Je crois que cette plante n'est même pas à la hauteur des tâches que nous apportons dans ce ciel. Et merci pour tes billets en araméen que je ne pourrais, je crois, comprendre que si j'étais à l'heure où je t'écris sous la forme de mon démon. Par contre, je pourrais t'y répondre tout simplement d'instinct, en te disant: «En effet, lorsque le ciel tombera, nous croiserons bien assez tôt nos routes, et peut-être croiserons-nous autre chose...» Pour finir, si l'on perce le ciel, à quoi bon vouloir le ploquer. Que le Corbin reste à sa place, ainsi que les calfats. Pas besoin de colmater les douleurs de ce monde, si peu heureux. De la guinguette à la guignette, il n'y a qu'un pas. Laissons les Hommes subir le trépas et Ô Maranha Abaddon commence ton œuvre bientôt! Je me lasse de cette vie pauvre en action. Je n'attends pas et plus que ravage et dévastation! Μεφιστοφελής Je musardais nuitamment dans l’atrium céleste, et soudain, je vis les prés constellés de lunules juste après l’émiettement des nuages. C’était foutral, Méphisto! Quant à tes traits sensés, je dis que tu as saisi mon dit bourré de gongorisme, hourra! Mais, Il y a un rabâchage de vocables, chute de lexies en ton narré. Tu tentes de me faire croire que tu es bien atteint d’écholalie? Je l’aurais cru si humain tu étais. Tes idées, Méphis, devraient être démontielles (sic) et non démentielles. Dis, tu t’es nouvellement acoquiné avec des quidams à grandeur d’âme? Bisha?! Néanmoins, je suis comme népète... j’attire les chattes. Ha, ha, ha, ha… Shaîtan… thenkini, ne l’oublie point. Deux gaules joignant un cygne, SATAN Σατανάς Maître des Enfers, Tel est votre nom en ce lieu. Je ne puis me soumettre à prendre possession de ce corps qui, je crois, a des désirs infernaux en voulant me contrôler. Je crois qu'il serait bien qu'il apprenne. Mais enfin, en laissant son conscient parler à ma place, l'on peut ressentir sa répétition de mots. Ainsi, en m'acoquinant avec des quidams à grandeur d'âme, je ressens leurs maux. Vous, vous êtes celui qui bascule les êtres potentiellement dangereux vers nous; moi, je suis celui qui détruit et tourmente l'âme pure des autres. Pour ce qui est de votre herbe à chat, je vois qu'effectivement votre humour a perduré, et je ne pourrai que vous en féliciter. Mes idées, quant à elles, sont bien démontielles, tandis que celles de mon hôte sont plutôt démentielles. La folie n'est qu'une demi-mesure de ce qui fait un humain. Et je crois savoir qu'il les déteste. Étrange tout de même qu'il veuille encore croire en eux. Si la vertu d'un homme ne se représente que par ce qu'il montre aux autres, alors celui-ci cache bien son jeu face à eux, et à dire vrai, les hommes lui portent toute confiance. Ô Satan, si vous saviez combien ses nuits sont tourmentées. Remarquez, que dis-je, vous le savez déjà. Ne croyez-vous pas que l'on puisse lui offrir un petit cadeau? Hum... Il croit ressentir la douleur de la terre, il pense savoir quand notre règne viendra. Nous devrions l'éclairer bien plus que cela. J'aimerais, pour finir, que vous m'envoyiez l'armure que j'ai laissée dans le coin de mon enfer. Ce fourbe bloque la majeure partie de mes pouvoirs et je n'arrive point à aller la chercher. Mais tant que je suis là, rien à craindre, il restera perdu entre deux désirs: restaurer ou détruire. Je crois que j'ai trouvé notre plus grand ennemi, plus grand peut-être que Dieu lui-même... Jouons-nous à un jeu de dupes avec lui ou sommes-nous tout simplement en train de montrer à Dieu que même la plus puissante de ses brebis est corruptible? À moins que mon hôte n'ait jamais été l'un de ces moutons que l'Église s'arrache tant bien que mal. J'ai hâte de revenir abuser d'une des femelles résidant en notre royaume. Les humaines sont si chastes. C'est déprimant. N'y aurait-il pas l'une d'elle qui voudrait envoûter une humaine, tout simplement pour mon plaisir? Tsss... Sheitan, Légion n'est pas la meilleure compagnie. Trop bavard et pas assez d'action. Votre second, Μεφιστοφελής L’exégèse que tu m’apportes quant à la folie est sacrément exacte. Un petit ajout: l’être humain est naturellement sensible, altruiste, affable, amène, accort, etc. J’infère donc qu’il est pourvu d’une conduite christique. Mais il l’est uniquement dans un état extatique. Et à propos de l’autre demie, celle-ci est capable, je crois, d’une vénénosité inouïe, donc mahométane. Conclusion: l’homme, moitié Jésus et moitié Mahomet. Touchant ton haubert, reste coi. Car tu as, autant que mon second, le devoir de me seconder. Oui, je serai pour toi un ersatz de cuirasse. Méphisto, en ce théâtre (la vie) Dieu joue le rôle d’un muet, d’un comparse, certes, mais son mutisme est signifiant. En outre, dans ce monde cobalt et carcéral, je récrée l’humain; suis en quelque sorte son préau. Femelles? Tu sais, parfois je me mue en bipède adonide pour obturer cette succulente alvéole. «Elles aiment tant cette chair flexible circonflexe». Deux gaules joignant un cygne, SATAN Σατανάς |
|
|