Mad Spirit
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Satan
Satan




Questions et confessions d'un condamné à mort



Satan,

Oh ne m'en voulez pas, noble seigneur -mais néanmoins saigneur - des ténèbres, de ne vous apostropher que d'une manière aussi modeste. Je veux croire, Ô toi le déchu, que tu n'as pas la vanité de ces souverains terrestres qui voudraient faire suivre leurs ridicules patronymes d'illusoires titres de noblesse! Qu'il ferait pâle figure, pourtant, le défunt Charles-Quint lui même, s'il fallait que je te nommasse -imparfait du subjonctif- bey des égorgeurs, roi des pires, grand tentateur des prédicateurs, calife de la corde au cou! Tels sont tes titres de noblesse dont la simple évocation prend trois pages complètes du «Quid»! Mais cessons là ce que tu pourrais prendre à tort ou à déraison pour de la flagornerie. Que je sois damné pourtant, s'il me venait à l'idée de nier les immenses mérites de votre putridité! Ainsi donc, toi, celui qui est, je te nommerai simplement Satan!

Vanité (vaniti, vanita) quand tu nous tiens! Quelle prétention en effet que d'oser t'écrire, Ô bête immonde, toi dont l'omnipotence ne fait guère de doute, toi dont la prestance ferait passer pour impotence tant de performances terrestres, toi qui a mené tant de mes semblables à la potence; c'est me donner bien de l'importance! Qu'importe si tu me tances, vertement n'en déplaise à votre rougeur, ce serait encore me faire trop d'honneur que de vous fatiguer -bien que je sache votre endurance- à me châtier et je ne vous cache pas que certains penchants masochistes ne me sont pas étrangers et que de tâter de votre dard, enfin passons... avant que nous trépassions, si vous me permettez ce modeste jeu de mots, Ô plus grand de tous les maux! Qu'importe donc que vous sachiez bien avant moi ce que je vais écrire, qu'importe que mes doigts soient peut-être guidés par votre propre volonté dans un dessein qui ne peut qu'échapper à ma modeste sagacité de paramécie lobotomisée!

Exécutées ces nécessaires et compréhensibles précautions d'usage, peut-être vais-je enfin rentrer dans le vif du sujet! Je sais bien que vous tranchez, plutôt à vif, les nerfs de vos sujets -dont je fais bien entendu humblement partie telle l'insignifiante partie d'un puzzle de quelques milliards de pièces!

Il serait malvenu de vous présenter ce que je n'oserai pas appeler des questions ou des doléances sans m'être moi même présenté (aussi brièvement que faire se peut). Je suis un anarque raté de vingt-deux printemps qui se ferait homme des bois si, procès entamé par ces satanés(!) moines défricheurs de l'âge moyen et poursuivi à un rythme toujours plus effréné par ces inventions du diable que sont tronçoneuses et autres débardeuses, mais j'en reviens toujours à vous alors qu'il s'agit ici de moi! Ainsi donc je suis un esprit totalement malsain dans un corps toutefois relativement sain (à un «t» près, je vous offensais grandement). Seule ma grande liberté de penser me pousse à vous écrire, car sachez (non, Zachée, ne descends pas de ton arbre! Voilà qui me fait penser aux «Sycamore trees» d'une chanson de Louis Armstrong... Mais nous ne sommes pas là pour élucubrer en théologie!) que je ne signerai jamais de pacte avec qui que ce soit! Ma modeste bafouille ne vous parviendra que parce que vous n'existez pas! Vous me trouverez sans doute présomptueux d'affirmer ainsi, sans preuve aucune, votre inexistence, mais quand bien même me tromperais-je (ce qui n'est bien évidemment pas le cas!) quelles pourraient en être pour moi les conséquences? La souffrance éternelle? Eh bien qu'importe, tout a un prix et si nous avons l'éternité devant nous, l'expiation dans «les pleurs et les grincements de dents» (je cite ce qui n'est vraisemblablement pas votre livre de chevet) n'est qu'un prix bien modeste à payer! Non, mon petit sataninouchet (je me permets cette familiarité par sympathy for the devil), je n'entrerai jamais en relation contractuelle avec toi quand bien même mon agent et mes avocats me le conseilleraient ardemment! Ni Faust, ni sa pâle copie que fut Fausto, ne m'arrivent à la cheville -au sens figuré bien que ma taille soit somme toute respectable! Si relation (en aucune manière sexuelle, je préfère te prévenir, nos rapports resteront platoniques, éventuellement platoniciens) il devait y avoir, entre votre estimable Inexistence et mon modeste encéphale enrobé de chair et d'os, ce serait de manière librement et réciproquement consentie, sur un pied d'égalité et de liberté (mais certes pas de fraternité car vous n'avez pas de père, alors un frère!).

Je brûle (comment, ça ne saurait tarder? Vilain blagueur) de te poser certaines questions, mais je me retiendrai, finalement...

La seule question que je vais te poser, d'autres viendront peut-être (puisqu'il me faut concéder m'être pris d'une réelle affection pour toi en tapotant ces lignes de mes longs doigts fuselés), c'est... M'as-tu lu jusqu'au bout?

Non, en vérité j'aurais tant aimé vous interroger sur des sujets divers et variés... Votre sexualité, le gagnant du prochain Loto, la véracité des enlèvements extraterrestres, votre glace préférée, votre candidat aux dernières présidentielles ou bien la date de la fin du Monde... Mais je n'ai pas que ça à faire, je n'ai qu'une vie... À priori!

Amicalement vôtre.

Mad Spirit (Of Saint-Louis)

P.-S.: Appelez-moi Maddy, maintenant que nous sommes presque intimes.

Je t'épelle donc je t'appelle, Maddy-émoi:

 

Fallût-il, éphèbe, que tu m'écrivisses

Si confusément et longuement…

En divulguant mes divers vices…

Et en omettant quelques segments?

...

Fallût-il que tu t'étendisses,

Jeunet, en ravenala…

Et que tu posasses ton dix,

Telle une piètre Lala?

...

Fallût-il que le vain,

Gavroche, fisse…

De toi, le fils…

Du bistre ravin?

 

Fallût-il que tu misses

Pareil écrit…

Digne d'une miss

Au sciant cri?

 ...
                                                                           
                                                                        

Fallût-il, vaine tectrice, que tu plaçasses…

Des termes inermes et non adéquats?

Ne fallait-il point, titi, que tu les sasses

En les agrémentant de mais et de pourquoi?

Et (.)
 
SATAN
Σατανάς