Humain, mon fils, C’est sous un firmament de lapis, si gloussant que
je vous rédige; Frangé de filiformes cirrus et piqueté d’une nuée
d’étoiles, dis-je. … Échenillons cet orgueil par qui l’on m’abhorre
Et tronquons ses rhizomes de prime
abord. Oyez, vous qui espérez, et moi qui espère pouvoir espérer: «Je suis
las d’être là sans l’être ainsi qu’un désespéré». Moi, ci-devant offensé et
présentement offenseur, je m’évertue À vous dire que ma mauvaiseté est issue
de mes vertus. Et étant donné que le beau, le bien et l’inverse d’iceux
Me caractérisent, je suis mi-Jésus, mi-Mahomet. Et
ce Tempérament
vénéneux, qui devient coutumier et morose,
N'est dû donc qu'à mon émotivité de primerose. Humain,
croyez-vous que ma douleur s’émousse Dès qu’une lune crénelée et
rousse S’éclot dans un ciel voilé de nimbus en mousse? Ou peut-être ses
reflets auburniens,... roux Qui, en s’avançant en
proue, M’extirpent
quelques noirs courroux!
Eh bien, lorsque les ténèbres s’apprêteront à fluer Et quand le
toit divin se mettra à suer, L’on me distinguera, sous une trombe de huées,
Au pan de l’empyrée en train de muer. Bis: sous une olympe
embuée, Saigneuse, Et sous une trombe de huées Venimeuses, L’on me
verra sur une nuée Fuligineuse. Me Croyez-vous? -moi qui prisais la double
perche irrégulière, Moi
qui saignais les pelures à défaut de lierre,
Je dus donc bâfrer les
ténèbres et ses radicelles Et fis bannir l'espérance et l'opposée d’icelle.
Et afin de vous souffler d’où naît mon tir, Ne dois-je pas -à
Dieu- derechef mentir? Bref, j’aurais mieux aimé être de ceux qui ne naissent
pas, Mais à qui naît as, peu de maux l’abêtissent, n’est-ce pas? Voyons!
Ne me prenez pas pour un sot en me faisant accroire que vous l’êtes; On est
de ceux qui ont été entêtés, et c’est le même pis qu’on allaite. Au-delà,
vous vous croyez atteint de diplopie alors qu’il s’agit de jumeaux, Votre
mi-savoir se grumelle et s’enrichit de maux; Et votre esprit est si peuplé de
noires nuits Que votre coeur pousse des ouf d’ennui! N’omettons
pas votre âme de grièche et votre cœur de
bohème,
D’où
d’ailleurs naquirent vos lais, vos virelais,…vos poèmes. Oh! Vous
qui chérissiez à outrance les biens du mal, l’erreur Vous forgeait, quoique
vous pussiez être un bath éclaireur. Ces douleurs, pauvres en aie,
vous déniaisèrent seulement, Oui,
vous fûtes le rejeton de pécaïre!… Et le seul
mont
Que
vous saviez jadis gravir, n’est-ce pas celui des éduqués? Bien que vous
méconnussiez ce que fût la fibre du quai. J’en déduis que votre
«quand» m’empêche de dire D’où fleurit ce «pourquoi» -qui m’enfle
d’ire; Et si vous êtes encor en iota, c’est parce que l’ire honnit Les
âmes ayant de la vaillance, de l’ironie.
En somme, la stridence du cœur dépiaute votre verve, Et
l’auguste douleur dilue votre vagus nerve. Me touchant, je ne
suis pas de ceux qui écrivent à coups de livre; Ma penne dérive d’une peine
dont je suis pleinement ivre. Sapristi! Ces tectrices à deux liards, ces vils
disséqueurs, Se drapent de pennes du Junon, d’où mon cœur qui
s’écoeure; Oui, ces versés dans la resucée, qui semblent parfois
dessillés, Ignorent qu’un monstre-escogriffe n’est toujours pas si
laid! Hélas!
Ces Small vils qui, en triomphant, purent
Résoudre les vierges âmes en impures; Partant, je me
noies dans le j’aurais pu, Emmailloté dans des noirceurs qui puent. Mais
bien que je lessive ces envieux de leur fiel latent, J’élague mes verves de
ces bruits éclatants. Et puisqu’en infortune ne germent que des vérités
aigrelettes, Je sens mûrir ma moelle à en devenir
blette. Et attendu que mon mal est sans halte
croissant, Mon bec éburnéen sera sans halte froissant. Et
vu que les pâteuses bévues n’arrivent qu’aux
maîtres,
Je
préfère adoncques oublier qu’omettre.
Et comme je n’ai, jeunet, que le heu! À la
lippe, Je suis comme ces cétoines qui s’accotent aux tulipes. Puis, à
vouloir trop bien faire, je me résous en veule; Et à défaut d’aveux, les
hommes m’en veulent. En revanche, j’ai l’esprit
coloré, et je connais la connaissance D’écrémer mes douleurs, d’où
d’ailleurs naît sens. En outre, l’illumination des ténèbres nous initie à
coter juste; Elle émane d’une fusion d’espoir et de sentiments
augustes. Vé!... Ce à quoi tiennent mordicus les souffrants,
N’est-ce pas d’avoir éludé tant d’affronts? Certes…je ne
puis nier l’opacité qui autrefois me ficelait, Ni même mon père
(Dieu) -qui pourtant me traita de "fils laid" Ah! Ce démiurge, me dis-je,
fut-il futile ou mi-insincère? Se sert-il de venette ou
c’est en celle-ci qu’il s’insère? Diantre! N’est-il pas vrai
que mes tares sont le fruit de ses failles? Pourquoi donc m’attribue-t-on cet
attribut: faiseur d’aïe? Heu…De la peur à la stupeur et de celle-ci à la
torpeur, Dit l’émérite en ouille aux laborieux
labeurs. Sachez donc que je ne fais pas, au
gré de mon vœu, Du mal à toute âme qui m’en veut. Voilà, je clos mon dit,
dans mon glacial doublé, Et oncques m’exhiberai à la lumière
endiablée? Deux gaules joignant un cygne,
SATAN Σατανάς N.B.: si jamais vous aviez de pareil narré à
me souffler, eh bien…écrivez-moi! Sinon… mieux vaudrait
s’abstenir. |