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Bonjour à toi (vous?), Satan (ou quel que soit ton nom, qu'importe, les gens
ne devraient pas donner de nom à des concepts qu'ils n'arrivent même
pas à entr'apercevoir).
Je suis mystique, j'aime à philosopher, voir des pans de vérité
qui apparaissent à moi. Récemment, une révélation m'est
venue: le 'bien' (pour céder à la facilité de la définition)
et le 'mal' (même remarque) sont en fait deux éléments complémentaires.
Quand on y réfléchit, si on sauve un enfant des crocs des loups, qu'est-ce
qui nous dit que les enfants de ces dits loups ne mourront pas de faim par notre
faute? Et, à partir de cet exemple, pourquoi l'homme aurait-il plus de valeur
que le loup? Il a des choses en plus, diront certains, la parole (qui n'est qu'une
forme de communication) diront beaucoup. Mais le loup aussi a des choses que l'homme
n'a pas, en particulier l'instinct qui lui permet d'encercler une proie efficacement
ce qui, biologiquement parlant, en fait une race 'supérieure', au sommet de
la chaîne alimentaire. Donc, on fait aussi bien de laisser l'enfant se faire
manger par les loups, si on part d'un point de vue objectif. Ne serait-ce pas le
côté 'social' de la chose qui nous pousse à agir pour aider le
gamin (dans le cas d'un individu présupposé 'normal', donc similaire
à l'immense majorité d'imbéciles qui peuplent la Terre) et à
repousser les loups?
Donc, ma supposition est simple: en supposant que tu incarnes le mal absolu (je n'aime
pas les absolus), et qu'une entité qu'on appellera par facilité 'Dieu'
(on va lui mettre une majuscule, comme à toi) soit ton contraire, donc le
bien absolu. Dans ce cas là, tu ne peux pas exister sans Dieu', pas plus qu'il
ne peut exister sans toi. Une complétion en quelque sorte. En allant plus
loin dans le raisonnement, on peut aller jusqu'à penser que chaque être
(je ne précise pas vivant, car ça serait limiter les «êtres»
a une catégorie précise, je préfère rester dans le flou)
porte en lui à la fois 'Satan' et 'Dieu', et qu'il peut accueillir l'un et
l'autre, pas exclusivement mais en même temps, et même en proportions
égales. Et quid des âmes, que certains te 'vendent', comme si on pouvait
échanger de l'immatériel contre du matériel -je pense plutôt
qu'ils te vendent leurs services-, en fait ne sont-ce pas eux qui t'accueillent en
eux, plutôt que toi-même qui les prends en toi? L'âme, après
tout, n'est qu'une représentation 'rassurante' de ce qui reste de nous après
la mort. Ainsi, certains sont allés mesurer son poids, qui serait de 21 grammes.
Je pense que c'est plutôt quelque chose d'absolument immatériel. Non?
Désolé pour cette lettre longue, mais j'espère entretenir une
correspondance avec toi riche et fructueuse (comme avec d'autres 'divinités'
ou entités philosophiques), alors, pour céder à la banalité,
bien à toi
Joachim
PS: Un petit jeu de mots par rapport à ma lettre: Homo Hominis Lupus, donc
en fait, si les loups sauvaient les gamins, seraient-ils des hommes ou l'inverse?
...
Bon, j'arrête.
Pourquoi veux-tu entretenir une conversation avec moi? Tu le fais très
bien tout seul, tu sais?
SATAN
Salut à toi,
Pourquoi je veux entretenir une conversation avec toi? Par pur intérêt
intellectuel! Au fait, je prends ce que tu m'as dit comme un «compliment»,
très cher.
Te considères-tu comme étant le mal parfait? Ou es-tu tout simplement
un affreux gamin capricieux se prenant pour l'incarnation du mal parce qu'il arrache
des ailes aux mouches, vole l'argent d'un vieil aveugle et tape sur les chiens? Si
tu es réellement le mal absolu, tu dois être pour les mauvais le bien
absolu, vénéré, apprécié. Or tu es redouté
par tous ces gens qui se disent «mauvais». Donc tu n'es peut-être
qu'un gamin, certes pas gentil, mais même pas pervers, un simple enfant gâté.
Si tu te reconnais là-dedans, alors en effet ça ne vaut pas la peine
de te parler, car tu es absolument inintéressant et banal, commun. Par contre,
si ce n'est pas du tout ça, mais plutôt le mal «absolu»
que tu crois être, alors une discussion serait intéressante, my sweet
Satan.
Et, au fait, ce n'est pas parce que je ne t'appelle pas «mon maître à
penser», «mon Dieu» ou «mon père» que je ne
te respecte pas! Alors avant de repousser les gens, prends la peine de les analyser,
Avec tous mes sentiments (lesquels?)
Joachim
Alors comme ça, toi, tu es un intellectuel. Et pourquoi donc, «je
te prie»? Dis, ça te servirait à quoi, au juste, d'étaler
toute ta cervelle sur Internet, han? À t'affranchir -enfin- d'une p'tite gloire
personnelle?
Vas-y. Épate-nous? On est tous là et on attend ta réponse en
bouffant du pop-corn. M'enfin... Tous sauf ce con de Caligula... L'imbécile
est en train de dégueuler sa quatorzième bière sur les «666»
d'une sale «666» qu'il s'est payée ce matin. Ah! Il pue, le cochon!
Humph. Moi, tu vois, j'ai pas b'soin de ça, jouer aux intellos, pour être
populaire et pour être aimé.
SATAN
Salut,
Étaler ma cervelle sur Internet, à quoi ça servirait?
A plusieurs choses:
1) Faire du gore
2) Fournir de la confiture à qui n'en veut
Seulement, Satan, je «n'étale pas» ma cervelle comme tu le dis.
Je communique, avec qui en vaut la peine.
Quant à la gloire personnelle, à quoi elle me servirait? A rien! Je
ne cherche pas la gloire, je n'en ai pas besoin.
Quant à Caligula, s'il a besoin de boire quatorze bières pour délirer,
et sortir de sa morosité, c'est certainement qu'il sait que c'est un nul,
qui ne vaut rien, et qui n'existe que pour te servir de distractions.
J'ai l'impression, cher Satan, que tu aimes bien te faire lécher les bottes
(1), et que dès qu'on exprime un avis qui ne te plaît pas, qu'on essaye
de penser sur toi un peu plus loin que le «Ô Grand Satan, je suis ton
fils, prends-moi avec toi, on va sacrifier 666 vierges», tu ne sais plus quoi
répondre, et tu te réfugies dans la vulgarité, en envoyant les
gens ch*er.
Ma réponse te satisfait-elle?
Au fait, si tu veux faire une rencontre en tête-à-tête, viens,
je t'attends, étant donné que tu es puissant à l'extrême
(bien que d'une capacité à penser qui me semble assez limitée),
tu devrais savoir où me trouver,
Bien à toi (politesse uniquement),
Joachim
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Note de Dialogus: Plusieurs démonologues consultés affirment
unanimement que ce n’est pas les bottes que Satan aime à se faire lécher.
Pourquoi tu me dis tout ça à moi? Qu'est-ce t'espères de
moi au juste? J'suis pas ta grand-mère moi, j'fais pas la conversation en
prenant le thé, tu vois?
Va arracher les pattes à une araignée et colle-les sur les ailes d'une
mouche. C'est très joli comme résultat. Tu m'en peins une toile - je
préfère les tons chauds, si tu vois ce que je veux dire - et j't'accorde
une faveur. Tu veux ça?
Bellum theatrum
SATAN
Salut,
Pourquoi je te dis tout ça? Probablement pour mon bon plaisir, pour te faire
comprendre que tu n'es finalement pas tant que ça. Pour ce qui est de l'araignée,
ça me plairait, mais malheureusement dans mon coin, ni les araignées
ni les mouches n’ont une taille décente. Je pourrais te faire une toile, mais
elle tiendrait sur un timbre-poste.
Après, ce que j'espère de toi, c'est pas mal de trucs. Une bonne discussion
à bâtons rompus, une relation, qui si elle n'est pas amicale, est au
moins valable. Là, tu vois, on commence à en profiter. Tu aimes bien
quand je m'enrage, et moi j'aime bien lire tes réponses.
Quant à la discussion du thé, ça ne m'intéresse pas trop.
Par contre, si tu veux faire une discussion à la Cyrano (à coups de
fleuret), pourquoi pas.
Je vois bien ce que tu veux dire par «des tons chauds». Je veux bien
tenter, mais je ne garantis pas le résultat. La toile viendra avec une prochaine
lettre, du moins j'espère.
«Bellum Theatrum»? Pourquoi pas. C'est une idée. C'est vrai que
d'un certain point de vue, voir des imbéciles s'étriper parce que leurs
chefs se battent pour trois kilomètres carrés de terre, ça doit
être assez drôle, comme aller au théâtre. Enfin, d'un certain
point de vue uniquement.
Sur ce...
Joachim
J'suis toujours là, pour toi, voyons, t'as pas b'soin de cette conversation avec moi pour me voir, putain, c'est quoi ces chichis tout à coup? Tu me pompes l'air, chéri, va mordre la jambe de ton voisin. Va. Allez.
SATAN
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