Votre père |
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| Bonjour, Je viens de finir de lire «Les Mots» et je m'attarde plus particulièrement sur le passage où vous parlez de votre père. Pourquoi avez-vous tant de mépris envers lui? Et que voulez-vous dire par «je ne pas de Sur-moi» Votre père vous a-t-il «écrasé»? Étant mort quand vous aviez 15 mois je ne vois pas comment il aurait pu! Pourquoi émettez-vous autant de griefs à l'égard des pères? Que de questions auxquelles je n'ai su répondre moi-même. Peut-être pourriez-vous m'éclairer un peu? Sincères salutions. Marie |
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| Marie, Si j'émets tant de griefs à l'égard des pères, c'est qu'ils écrasent tous leurs enfants. La mort de mon père fut ma propre liberté et c'est en ce sens que je n'ai pas de Sur-moi, puisque je n'ai pas de père. Si je vous parais mépriser cet homme, ce Jean-Baptiste Sartre, c'est qu'il m'est inconnu. Lorsque dans ma famille on parlait de lui, ce n'était jamais en rapport à moi. Loin de moi l'idée de me faire le nombril du monde, mais n'aurait-il pas été normal d'entendre les gens parler du père et du fils dans une relation au moins familiale? Jamais je n'ai entendu que mon père m'ait pris dans ses bras, jamais je n'ai entendu quelconque idée d'affection de lui vers moi. Certes, plusieurs me diront qu'il est mort lorsque j'avais quinze mois, mais ces quinze mois ne sont-ils pas normalement des moments privilégiés entre un père et son fils, où le père peut davantage se laisser aller à la douceur et l'amour d'une mère? En somme, je ne connais pas mon père. Je suis l'enfant du miracle. L'avoir connu aurait sans doute été la mise en cage de Jean-Paul Sartre. Aujourd'hui libre, je puis me dire privilégié de ne pas le connaître. Jean-Paul Sartre |