À chacun sa vérité |
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| À chacun sa vérité les vaches seront bien gardées. Faut-y tout de même être autiste pour mélanger la perception de la réalité avec la réalité elle-même! Trouve pas? Faudrait demander précisément à un pédiatre mais je crois que c'est une bévue qui normalement s'évapore vers deux ou trois ans environ, en même temps que pipi popo dans la culotte. Bref Jean, peux pas m'empêcher de te servir la fulgurance qui vient de m'habiller, corps, âme et esprit (pas de dualité entre nous): Si «à chacun sa vérité» c'est qu'il n'y a pas de vérité. Ben oui Jean, forcément que t'es bête aussi toi des fois, essaye de te suivre je te prie. Bon mais pourquoi pas après tout. C'est vrai, on ne sait jamais ce que réservent les progrès de la technique. Pour rester efficace et ouvrier, je te suggère de passer à «chacun son erreur» parce qu'au moins on sera débarrassé de l'erreur d'abord, ce qui paraît tout de même plus juteux que de commencer par la vérité non? Hé! je voudrais pas dire Jean, mais ce qu'on peut être con de ne pas y avoir pensé plus tôt! Enfin pas grave, puisqu'une fois de plus je suis là pour botter le cul à la calamité d'hier. Dis-donc vieux, je voudrais pas dire mais tu t'es quand même pas brusqué le neurone non plus. Ah la vache dis... T'as failli régler son compte à la métaphysique, oups! pardon à la philosophie première! Allez, je t'explique le jugement d'existence d'Aristote. Quand j'étais mioche j'étais persuadé comme toi que tout ce que je voyais c'était moi qui me faisais des idées et qu'en vrai c'était pas comme ça. Je n'ai pas su piéger la réalité sur le fait pendant des années, comme toi, mais un jour je suis sorti de ma piaule sur la pointe des pieds, sans qu'aucun objet ne remarque que je sortais. Ça m'a pris facilement vingt minutes, et cinq de mieux pour refermer la porte sans que mon lit, ni ma chaise, ni personne n'entende rien, et là j'ai maté par le trou de la serrure pour vérifier si on n'en profitait pas pour changer d'aspect pendant mon absence. Rien n'a bougé. Tout était pareil! Je t'assure, pratiquement tout restait comme quand moi je croyais que je me faisais des idées, mais j'ai encore eu un doute figure-toi, et je me suis dit que si rien ne changeait c'était justement parce que j'étais sorti sans faire de bruit et que tout le monde était persuadé que j'étais encore là. Alors j'ai réouvert le huis clos de mes mains sales d'un seul coup, j'ai fait celui qu'avait oublié son cartable, et je suis ressorti en claquant la lourde de toutes mes forces, même que ma mère a couru pour me servir une calotte à peine sortie du four, mais enfin bon, ma mère n'a jamais rien pigé à la métaphysique de toutes façons, comme toi. Après, à part la joue rouge, tout le reste était intact, exactement comme si j'étais là, et c'est à partir de cet instant que je suis devenu moins con que toi et Descartes. Enfin moi je te dis ça, mais essaie toi-même, et tu verras. Ça change tout de savoir ça Jean. Des fois j'ai l'impression que tu comprends rien à ce que je t'explique. C'est ça la métaphysique! Ce qui est en tant qu'il est, que tu le regardes ou pas, libre ou non, et pourtant toi tu répètes que ça sert à rien. Pffffff! Regarde, tu vas voir comme c'est concret la métaphysique, parce que si t'as pigé ce que je dis, ben par exemple tu ne payes plus l'assurance de ton appartement mon pote. Ben non! Moi quand je pars, je regarde tout le monde dans les yeux pour vérifier moi-même si tout est bien et si les robinets sont sages, et j'ai compris que le tuyau de la douche n'allait pas sauter la pomme pendant mon absence puisqu'il ne la touche même pas pendant que je suis là, et que le gaz non plus ne ferait pas le barbeau en allumant une plaque, alors que toi tu fais raquer ta prime tous les ans par Simone à un assureur spécialisé, exactement comme si la réalité dépendait de l'idée catastrophique que tu t'en fais dans ta tête quand t'es parti, au lieu d'être normale comme quand je suis là. Tu suis? Non mais j'ai un mal fou avec toi à être compréhensif. Tu sais Jean, y a pas que la philosophie maintenant, y a le football aussi. |
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| Ah bon... À chacun ses passe-temps. |