| Lettre d'acceptation de Jean-Paul Sartre à l'Éditeur |
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| Collègues philosophes, Certes, l'existence précède l'essence, mais il n'y a pas d'existence réelle sans agir. Faire, c'est être. Peu m'importe tous ceux qui disent que ce qui compte, c'est ce que l'homme a au fond de son être, la vérité c'est que l'agir est davantage porteur de signification que le dire. Et c'est en agissant, en montrant une fois pour toutes que je suis bien vivant que l'on me croira tel. Car je suis ce que je suis, sous le mode d'être; je suis ce que je ne suis pas, sous le mode de ne l'être pas, et je ne suis pas ce que je suis, sous le mode de ne pas être ce qui est sous le mode de ne l'être pas. En fait, appellons un chat un chat: je suis Jean-Paul Sartre et je suis bien vivant. Lorsque j'ai vu ici, sur Dialogus, tant de gens que j'ai connus et que j'ai admirés, je me suis demandé si j'y avais ma place, aux côtés des Descartes, Socrate, Schopenhauer, Heidegger et autres. Puis, finalement, je me suis dit que la véritable condition humaine est celle de tous les hommes, puisque lorsque l'on choisit, on choisit pour l'homme. Si je choisis que j'ai ma place sur Dialogus, c'est que je choisis pour tous les autres que Jean-Paul Sartre prend sa place. Alors, philosophes en herbe, philosophes émérites, écrivains notoires, auteurs reconnus, écrivants de tous les genres, j'attendrai vos commentaires et questions, pendant que je tenterai, par la même occasion, de terminer d'écrire L'idiot de la famille qui est resté en plan depuis déjà trop longtemps. Veuillez accepter mes salutations, et, par la même occasion, celles de Simone de Beauvoir. Jean-Paul Sartre |