Au Divin Marquis, en témoignage de mon admiration |
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| 2 septembre 2003, Divin Marquis, très cher Monsieur, Je viens de relire, il y a peu, votre ouvrage «La Philosophie dans le boudoir», et je tenais à vous remercier de tous les plaisirs érotiques, intellectuels, littéraires... que vous m'avez procurés. Vous êtes un grand auteur! Vous avez su pousser jusqu'au bout (vous pouvez lire ici tous les sous-entendus de la veine que vous affectionnez) l'esprit des Humanistes et des Libertins des siècles qui vous ont précédé en un accomplissement, quoiqu'un peu divergent des Lumières de votre siècle, ô combien original. J'admire autant votre style que votre esprit. Tout ce que cous écrivez dans ce «boudoir» est follement drôle, et vos idées ravigorantes et pétillantes sont toujours d'une clarté formidablement lumineuse, d'un sens profond. J'ose affirmer que cette apologie du meurtre politique du «Français, encore un effort...» est à la hauteur de «l'Éloge que la folie» d'Érasme. Tout aussi spirituel. Je ris encore à chaque fois que je pense à ce que vous avez écrit sur Robespierre et son ridicule «Être Suprême» dans l'une de vos lettres! Quelle brillante satire! Quel talent dramaturgique également! Quels béotiens que vos contemporains qui l'ont méprisé! Je pourrais parler du «Dialogue entre un prêtre et un moribond», je préfère pourtant rester à votre exquis «boudoir»... Puisque vous parlez de 68, sans doute avez-vous entendu parler, quelque temps auparavant, de Ionesco et de sa «Leçon» qui doit tant à ce «boudoir»... Et si vous n'avez pu la voir, (n'y a-t-il pas cette nouveauté, bien pâle héritage de 68, que l'on nomme animations sociaux-culturelles dans votre asile?) l'avez-vous lue? Appréciée? Quelle honte pour vos contemporains qui vous ont si longtemps enfermé sous divers prétextes, tous aussi hypocrites les uns que les autres! Ne parlons ni de cette rouée de Jeanne Testard et de la petite séance érotico-fessière dans laquelle vous l'avez engagée, avec son consentement et moyennant finances (qu'elle fit grassement fructifier lors de votre procès), ni de la désolante affaire des mouches cantharides puisque votre regrettable maladresse n'a tué personne, et pas plus de votre abominable belle-mère, qui vous poursuivit d'une fureur toute mythologique, sans doute bien plus contrariée par vos dépenses festives que choquée par vos moeurs. Non, restons en bonne compagnie et parlez-nous plutôt de vos lectures. Parlez-nous des centaines d'ouvrages que l'on vous confisqua ignomigneusement lors de votre enfermement à Charenton. Peut-on savoir quels livres avaient vos faveurs? Aviez-vous lu Marivaux et sa «Dispute»? Avez-vous eu le loisir de lire Laclos? Qui admirez-vous parmi vos prédécesseurs ou confrères de plume? À propos de lecture, je suis au regret d'avouer cependant ne pas avoir pu soutenir l'intégralité de vos «120 journées de Sodome». J'ai beaucoup de mal, en lisant vos fantasmes, à ne pas penser que toutes les tortures que vous évoquez dans vos «feuilles» ont été, hélas, réalisées de façon bien moins (!) littéraire (!!!) et bien plus industrielle par une foule de dangereux individus sans grâce aucune, tristement nommés Nazis et par d'autres déplaisants imitateurs. Et cette pensée me gène terriblement, au point de me gâcher le plaisir de vous lire. Vous que l'on trouva (quel honneur!) trop modéré sous la Terreur, quel regard portez-vous sur tous ces bourreaux que l'on qualifie à présent de sadiques? Je parlais de vos contemporains, mais que pensez-vous de ceux de ces XXe et XXIe siècles? J'imagine que cela doit vous irriter lorsque l'on cantonne le Sadisme à la psychiatrie, pourtant, que pensez-vous de cet autre esprit libre que fut Freud? Y a-t-il des figures de ce siècle dont vous approuviez les oeuvres? (je pense à George Bataille, mais... vous?) Enfin, vous nous apprenez que vous êtes toujours enfermé à Charenton. Quel désespoir! Mais cela ne m'étonne guère. Le début du XXIe siècle semble avoir bien vite oublié Michel Foucault; l'esprit pénitentiaire, dans notre pays, reprend du poil de la bête. Peut-être avez-vous dans votre cellule le discutable avantage de ne pas perdre grand-chose de l'extérieur. Vous échappez ainsi, bien malgré vous, à un monde devenu bien libéral, bien peu libertaire, et jamais libertin (si vous me suivez toujours). Sans doute faute du monde de vous avoir suffisament lu, compris ou apprécié. J'espère toutefois que vous avez dans votre cellule une fenêtre tout aussi commode qu'à la Bastille. C'est que nous aurions, nous, bien besoin de vos harangues, croyez-moi. Avec tout le respect que je vous dois, je reste votre fidèle lecteur et très humble serviteur, Christophe O. |
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