Maintien de l'autocratie
       

       
         
         

Gérard Lison

      Votre Majesté,

C'est un grand honneur pour moi d'écrire au dernier Tsar régnant sur la Sainte Russie éternelle.

Je n'ignore rien des terribles conditions de réclusion que le «camarade» Lénine et ses nervis imposent à votre personne ainsi qu'à votre famille dans leur terrible exil.

Je n'ignore pas non plus la pression psychologique constante et la malveillance de vos geôliers.

Nul n'ignore (ici en Belgique du moins), les méthodes brutales avec lesquelles les bolcheviks collectivisent les terres des paysans, persécutent et assassinent les koulaks, affament la paysannerie, déportent des populations entières, déciment le clergé orthodoxe, pillent les trésors artistiques et culturels des églises, brefs se conduisent comme des Occupants à l'encontre de leur propre peuple.

Le mouvement révolutionnaire saigne à mort les forces vives de votre pays et menace l'entièreté de la stabilité politique continentale de l'Europe.

Déjà des commissaires politiques de Lénine comme Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg provoquent de l'agitation en Allemagne et d'autres encore sont envoyés aux quatre coins du monde.

Je vous rassure cependant sur ce dernier point, ces commissaires politiques seront pour la plupart tous neutralisés et un jour ou l'autre l'idéologie bolchevique abandonnée.

J'ai cependant une question à laquelle j'espère que Votre Majesté pourra m'apporter une réponse: Pourquoi avez vous à ce point freiné toute tentative d'accorder une Constitution Libérale à la Russie?

Pourquoi avoir tant refusé d’écouter Rodzianko lorsqu'il envoyait suppliques sur suppliques sur votre bureau pour accorder cette Constitution?

N'est ce pas dans cette farouche volonté de maintenir à tout prix l'Autocratie sans associer à l'exercice du pouvoir la bourgeoisie et l'élite intellectuelle de votre nation qui vous a privé de leur soutien et favorisé le travail de sape des bolcheviks puis finalement l'écroulement de tout le système?

N'est-ce pas cette obstination qui causa votre perte et celle de la stabilité de la Russie?

La plupart des pays d'Europe comme la France, votre «alliée» durant la terrible guerre mondiale ou la Belgique ou l'Angleterre sont dotés de systèmes constitutionnels parfois depuis des siècles.

L'Angleterre comme la Belgique ou le Grand-Duché de Luxembourg sont des monarchies constitutionnelles et ça ne marche pas trop mal.

Je prie pour votre salut

Amicalement,

G Lison

 

       

 

       

Nicolas Romanov

      Madame,

Merci pour ces mots de réconfort et de compassion que vous nous avez transmis. Étant reclus depuis plusieurs mois déjà et n'étant pas informé de ce qui se passe dans notre belle Russie, j'ose espérer que vous exagérez les faits que vous me rapportez, et je ne peux pas croire que la révolution n'apporte que des troubles, des malheurs, et des tueries. Je sais que les Bolcheviques sont prêts à tout pour implanter un nouveau régime chez nous, mais leur révolution ne servirait-elle que les intérêts d'une infime minorité du pays? Connaissons-nous toutes ces humiliations, ma famille et moi, seulement pour que d'autres fassent ce dont ont nous accusent.

De toute ma vie je n'ai désiré que le bonheur de mon peuple, et je crois que j'ai régné en bon père, selon mon bon sens, et, si j'ai mal fait, Dieu y pourvoira. Pour répondre à votre question: Pourquoi avoir à ce point freiné toute tentative d'accorder une Constitution Libérale à la Russie? Je crois que c'est un mélange de peur et d'obstination. Vous savez, entre vous et moi, être Tsar est loin d'être simple, en plus j'avais Alix qui me pressait de faire, ou de ne pas faire telle ou telle chose conseillée ou déconseillée par ce Raspoutine. Aussi ma mère, qui sans cesse me rappelait que mon père aurait maté ces truands! Elle n'est pas facile, vous savez, l'impératrice douairière. Ni mon oncle Nikolashka, non plus, n'est pas facile... pressé de tous côtés, abusé d'autres part, je crois que je ne savais plus. Oui c'est ça, je ne savais plus. Je crois aussi que je n'avais plus envie de rien. En fait je suis bien content de ce qui arrive, je suis en quelque sorte à la retraite, je vois mes enfants grandir, et j'apprends à apprécier la vie, je jardine, je vois ma femme plus belle que jamais, parce que je la regarde vraiment aujourd'hui. Je peux dire que ce monsieur Lénine m'a rendu un fier service.

Salutations

N. R.
         
         

Gérard Lison

      Votre Majesté,

Je vous recommande de vous méfier comme de la peste de ce Lénine.

Cet homme est un idéologue fanatique sans scrupule qui a des «comptes à régler»avec la monarchie en particulier et avec la société en général, et la syphilis qui ravage son cerveau n'arrange rien à son équilibre mental.

Pour ne rien arranger, il s'est entouré d'une équipe de canailles de la plus belle eau dont un certain Trotski et un Staline capables du pire comme du pire encore.

La révolution qui ravage votre pays s'est muée en guerre civile entre bolcheviks, mencheviks, royalistes, anarchistes etc...

Tous n'ont qu'un but: anéantir les groupes auxquels ils n'appartiennent pas, ceci par tous les moyens techniques et humains qui sont à leur disposition et ce sont les bolcheviks qui, semble-t-il, vont remporter la lutte.

Les ravages de la révolution sont tels que les moissons sont abandonnées et les récoltes détruites ou pillées et la famine instrumentalisée comme une arme contre les opposants aux bolcheviks ce qui tue des millions de Russes, d'Ukrainiens etc...

Les spécialistes estiment que la guerre civile, les collectivisations forcées en kolkhozes et les «réquisitions» (= pillages) qui affament les campagnes feront plus de morts que la guerre mondiale elle-même.

Enfin les dégâts sont, depuis l'époque où je vous écris, pour la plupart réparés et la Russie commence à s'engager sur la voie de la reconstruction néolibérale.

Enfin je remercie, Votre Excellence, de la franchise de ses réponses et je prie pour son salut.

Amicalement, G Lison

 

       

 

       

Nicolas Romanov

      Je vous remercie grandement, mais d'où je suis je ne peux rien contre ces messieurs, malheureusement c'est moi qui suis entre leur mains. Merci de cette attention.

Que mes prières vous accompagnent, et que la Russie soit sauvée.

N. R.
         
         

Gérard Lison

      Elle le sera!

Amicalement, G Lison