| | | Cher Robespierre,
Je vous écris d'une époque où la lutte pour
conserver la liberté et l'égalité et contre l'injustice et l'oppression
est toujours d'actualité, même si elle a changé de forme. L'intérêt des
puissants est souvent défendu par les représentants du peuple au
détriment de l'intérêt collectif.
Je me demande comment un
homme tel que vous peut rester à ce point intègre et fidèle à ses
engagements, malgré l'adversité. D'où tenez-vous cette force et cette
éthique inébranlables? N'avez-vous pas été tenté à un moment de passer
le relais ou de vous désengager pour plus de tranquillité? N'avez-vous
pas l'impression d'avoir sacrifié votre vie personnelle? Avez-vous
parfois hésité, eu des doutes et aviez-vous dans votre entourage
quelqu'un que vous considériez comme votre alter ego?
Avec tous mes respects pour tout ce que vous avez apporté à l'humanité,
Un citoyen du futur
Cher Citoyen,
Je pense qu’il n’y a qu’une façon valable de
concevoir la République: c’est de ne pas séparer le bien public et le
bien privé, mais les confondre. On dit souvent que je défends les
droits du peuple; mais je ne veux point être érigé en justicier de la
nation: moi-même je suis du peuple, je ne suis et ne veux être rien
d’autre. Il n’y a donc pas d’autre bien pour moi que celui de la nation
entière. C’est là ma seule force et, croyez-moi, la conscience de celui
qui n’oppose point ses intérêts privés à ceux de la république est
imperturbable, et sa volonté est inébranlable.
Il n’est pas dans
mes habitudes de fuir mes engagements; je ne les accepte pas à la
légère, mais je ne récuse pas ma responsabilité après. Je ne nie pas la
lourdeur du fardeau que cette responsabilité impose parfois, mais je ne
pense pas non plus que servir la Patrie soit un sacrifice. Une fois la
guerre gagnée et la République solidement établie -plût au Ciel que ce
temps vienne au plus vite!- je pourrai sereinement retourner à la vie
privée d’un simple citoyen, c'est mon plus cher souhait.
Quant
à votre troisième question, il n’y a certainement pas au monde un seul
homme sain d’esprit qui n’ait jamais éprouvé d’hésitations ou de
doutes. Je ne pense pas avoir d’alter ego: je sais que mes amis
partagent les mêmes principes que moi et que je peux compter sur eux,
mais ils ne sont nullement mes doubles, fort heureusement.
Salut et fraternité, Citoyen!
Maximilien Robespierre
Cher Robespierre,
Merci beaucoup pour ces éclaircissements. J'ai
beaucoup lu sur la Révolution de 1789 ces derniers mois et
particulièrement sur votre personne, qui interpelle par sa vertu, son
dévouement, son abnégation et son altruisme.
Je pense que ces
qualités se perdent de nos jours en 2010. Elles font que vous êtes et
resterez un modèle qui perdurera à travers les siècles pour les gens
qui gardent la liberté et la république humaniste au cœur de leur vie.
La
fin de la Révolution avec votre perte me fait dire que ce combat est
éternel et truffé de concessions aussi vaines que temporaires avant que
ne revienne la domination des uns par les autres. Grâce à vous, on
sait, à travers le monde, qu'il est possible d'y mettre fin si on s'en
donne les moyens, pour peu qu'on ne préfère pas l'échanger contre des
miettes de confort et de démocratie virtuelle.
J'aurais des
milliers de questions à vous poser encore et j'aurais grand plaisir à
bavarder avec vous des heures durant, mais je sais que vous avez bien
d'autres chats à fouetter et je vous salue avec tous mes respects.
Merci pour votre message. J’ai évidemment peu de loisirs pour le
bavardage: prétendre le contraire serait un mensonge. Mais n’ayez
crainte, je saurai trouver un instant de liberté pour répondre à
d’autres questions, si cela peut vous aider dans votre combat et votre
quête de la vérité.
Votre dévoué concitoyen,
Maximilien Robespierre
Salut et fraternité!
Merci, mais pour ne pas abuser de votre temps, je recherche des
spécialistes de la Révolution, qui est pour moi une période riche et
très instructive sur le monde et l'humain. Les personnages, les enjeux,
la liberté, la guerre, le peuple... Cela éclaire sous un autre angle le
monde actuel et peut nous rendre honteux de ce qu'il est devenu par son
manque de conscience, d'engagement et d'humanisme.
Si vous connaissez un club des jacobins qui, en plus, est dans une section marseillaise, je suis preneur.
Amitiés,
Patrice
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