| Nathalie | ||
| La représentation la convention | ||
| Cher Robespierre, Citoyenne, La révolution du 10 août 1792, ayant de facto suspendu la constitution de 1791, avait ainsi aboli le détestable cens au marc d'argent qui, violant impudemment les droits de l'homme, instaurait une nouvelle classe de privilégiés, seule bénéficiaire des droits politiques, et divisait les citoyens de la même nation en deux parties inégales. À l'instar de la Législative, la Convention nationale avait donc été élue par tous les citoyens, par tout le peuple. Je n'ai pas l'intention de nier, Citoyenne, que des abstentions ont eu lieu, ce qui ne saurait être un sujet d'étonnement: la royauté ne préparait point le peuple à l'exercice de sa souveraineté et, de plus, au moment même des élections, une partie de la Patrie était assiégée par les armées étrangères, et les bataillons des volontaires partaient aux frontières. Cela prouve-t-il pour autant que les patriotes indigents qui n'ont pas pu sacrifier une journée de travail pour assister à l'assemblée primaire, que ceux qui allaient se battre pour la République, désapprouvaient la convocation de la Convention? La nation a-t-elle jamais mis en doute sa légitimité? Je vous prie de prendre en considération que malgré les périls de guerre et toutes sortes d'entraves, sept cent mille citoyens ont voté pour élire leurs députés; c'est peu, me dites-vous, mais ils ont été trois cents mille à voter pour élire la Législative. Quelle assemblée, Citoyenne, représenterait donc mieux la nation: celle élue par la nation entière ou celle pour laquelle seule «l'aristocratie des riches» avait voté? Il ne convient point non plus, Citoyenne, d'opposer Paris et les départements, comme l'ont fait les ennemis de la République: ce sophisme dangereux avait appelé l'anarchie et la guerre civile sur la Patrie. Certes, le cœur de la Révolution se trouve à Paris, car l'assemblée des représentants de la nation y est. Mais ses séances sont publiques, et elle y discute ouvertement toute question courante et tout projet de loi. Les comptes rendus des débats parlementaires sont publiés dans les journaux lus à travers toute la France. Les opinions et les rapports des représentants sont aussi systématiquement imprimés et envoyés aux armées et aux départements. Les départements et les sociétés populaires correspondent avec l'assemblée, cette dernière en reçoit les délégations, y envoie ses représentants, les agents nationaux correspondent régulièrement avec le comité de salut public qui en informe l'assemblée. Le comité se trouve en contact avec les comités révolutionnaires des districts composés des patriotes. Comment peut-on prétendre que l'assemblée ne communique pas avec ses commettants? Comment pourrait-on parler de l'isolement donc? Quant aux barrières de Paris que vous évoquez, elles n'y ont rien à voir, d'ailleurs, construites la veille de la Révolution, elles ne servaient qu'à la perception de l'octroi. Ainsi, comment pourrait-on décemment affirmer que le peuple se tait et ne fait pas savoir sa volonté, alors que c'est lui le souverain? Les députés n'appliquent d'autre politique que celle de salut de la patrie; ce but est celui de tout républicain et il n'y a pas deux manières de la défendre lorsqu'elle est attaquée de toute part. Il est insensé de croire que l'on peut être «un peu, moyennement, beaucoup» républicain... On ne fait pas la révolution à moitié: on est républicain ou on ne l'est pas. Je reste, Citoyenne, votre dévoué concitoyen, Maximilien Robespierre |
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