Catherine Théot et l'Être Suprême |
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Remy Gaillard |
Maximilien,
Jeune adolescent passionné par la Révolution, je dévore les livres qui vous sont consacrés et puisque aujourd'hui j'ai la possibilité de vous parler «en face», j'ai deux questions à vous poser: La première: j'ai lu qu'un des évènements qui avait entraîné votre chute était un rapport de Vadier sur la «Mère de Dieu», une Parisienne mystique appelée Catherine Théot qui réunissait autour d'elle de fervents adeptes en se prétendant prophétesse et interlocutrice de Dieu Lui-même... Dans ce rapport, on vous accusait d'avoir participé à ces réunions pseudo-religieuses, et on affirmait que la mère de Dieu vous avait écrit une lettre élogieuse... Tout cela est-il vrai ou était-ce un simple prétexte et une pure invention de Vadier pour mieux vous détruire? Ensuite: il paraîtrait que la fête de l'Être Suprême, qui aurait dû être une vraie consécration pour vous, fut au contraire un véritable désastre où vous avez été insulté et où tout le monde a cru que vous aspiriez à la dictature... Regrettez-vous l'organisation de cette fête du thermidor? Je terminerai cette lettre en vous affirmant toute mon admiration: vous êtes un grand nom de l'Histoire de notre pays même si je pense que la guillotine dont vous avez usé et abusé n'était pas une mesure de «Salut Public» et que la révolution aurait peut-être été moins douloureuse pour vous si au lieu de détruire les différentes «factions» (dantonistes par exemple) vous les eussiez acceptées... Respect à toi Salut et Fraternité Citoyen Gaillard |
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Robespierre |
Citoyen Gaillard, J'ose espérer qu'il est inutile
de préciser que je n'avais jamais pris part aux réunions
de cette voyante; quant à la lettre qu'elle m'aurait
écrite… je crains que la pauvre femme ne soit tout
bêtement illettrée et que la lettre en question n'existe
que dans la riche et puissante imagination du rapporteur. La
vérité oblige de dire que dans son rapport, Vadier ne
m'avait point accusé d'y avoir participé; il n'y
était nullement question de moi, mais seulement d'une
prétendue «grande conspiration», où des gens
superstitieux rassemblés autour d'une vieille illuminée
à l'esprit dérangé, niais peut-être, mais
évidemment tout à fait inoffensifs, étaient peints
comme des conspirateurs dangereux à la solde de
l'étranger. Dieu sait qu'il y en a en France, mais nous n'avons
d'autre fanatisme à craindre que celui des hommes immoraux
soudoyés par les cours étrangères, seulement,
certains se font une curieuse idée des responsabilités du
membre d'un Comité révolutionnaire, et
préfèrent fabriquer des fausses conspirations, au lieu de
rechercher et d'écraser des vraies. Ce qui indispose davantage Vadier et ses
semblables qui se targuent d'être athées, c'est justement
l'idée populaire de la divinité protectrice de
l'innocence et de la vertu, que le peuple français a reconnue,
et qu'ils cherchent à avilir et à
déconsidérer par tous les moyens. La fête de
l'Être Suprême a connu une reconnaissance universelle
à travers la nation française, et ceci les excède,
si ce n'est point l'idée de la vertu qui les fait éclater
de rage. Vraiment, pour rien au monde, je ne voudrais manquer cette
journée éblouissante; elle a non seulement
éclairé les cœurs et les âmes purs du peuple
français et y avait fait vivre une espérance nouvelle,
mais elle a aussi fait jaillir de la lumière sur bien d'autres
choses. J'attribue les quelques remarques
puériles dont pèchent les lignes de votre missive,
à la seule faute de ton extrême jeunesse et au manque de
maturité civique. Ceci laisse espérer qu'en grandissant,
vous saurez évaluer la réalité tragique de la
lutte qui oppose la République à ses ennemis, distinguer
ses serviteurs de ceux qui ont cessé de l’être et
comprendre qu'il y a des compromis qu’il est impossible d’accepter et
des trahisons avec lesquelles on ne peut point se concilier. Liberté, égalité,
fraternité ou la mort. Maximilien Robespierre |