| |
|
Monsieur Rimbaud,
Si j’ose vous écrire aujourd’hui, c’est en
raison de votre talent de poète. En avril dernier, en me promenant dans
une ruelle parisienne, j’ai vu une affiche publicitaire qui vantait
votre poésie; c’est ce qui m’a encouragée à vous écrire. Avant cela,
j’ai étudié vos poèmes afin de mieux les comprendre et de mieux vous
connaître. Un en particulier m’a beaucoup touchée, «Le dormeur du val».
Je sais que vous y exprimez un sentiment de colère, vous êtes en
révolte contre la guerre. Ce poème a eu beaucoup de succès. Quand je
l’ai compris, j’ai réagi face au problème de la guerre: tant
d’innocents tués pour des bouts de terre ou pour du pétrole! Des
enfants, si jeunes, avec des armes… Quelle cruauté! J’ai remarqué que
vous aviez écrit plusieurs poèmes dans lesquels vous exprimiez votre
révolte: «Le dormeur du val» contre la guerre, «L’orgie parisienne ou Paris se repeuple» contre le pouvoir, «Les premières communions»
contre le clergé… Pourquoi la guerre vous révolte-t-elle? Qu’est-ce qui
vous a amené vers la poésie quand vous étiez jeune? Y a-t-il derrière
chacun de vos poèmes une révolte cachée? Je voudrais que vous répondiez
à mes questions car j’aimerais vraiment mieux vous connaître.
Je vous remercie d’avoir lu cette lettre et de prendre le temps d’y répondre.
Nada, élève de quatrième C au collège
Michelet à Saint-Ouen, dans le cadre d’un projet scolaire.
Chère mademoiselle,
Je suis surpris de lire que ma poésie fait
l'objet de publicité! J'avais demandé à ce qu'elle disparaisse, mais
apparemment on ne peut faire confiance à personne... J'ai répondu
plusieurs fois à cette question sur ma «vocation» de poète: c'est la
liberté de la poésie qui m'a séduit, ainsi que la possibilité de jouer
avec le langage.
Vous me demandez pourquoi la guerre me révolte;
il me semble que la réponse coule de source, et même que vous la
connaissez déjà: comment ne pas se révolter devant ce qui est absurde
et injuste? La mort d'un jeune homme est d'autant plus cruelle qu'elle
ne sert à rien et que le monde ne s'arrête pas de tourner pour autant.
Votre
dernière question est plus délicate car il faudrait que je me remémore
tous mes poèmes. Les premiers étaient incontestablement révoltés, du
fait de l'atmosphère délétère et étouffante de ma ville natale. Mais
les suivants sont plus positifs et n'ont pas forcément été écrits
CONTRE quelque chose, mais POUR exprimer un sentiment ou une idée.
Avez-vous l'impression de mieux me connaître?
Bien à vous,
Rimbaud |