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Cher monsieur Rimbaud,
Je suis en classe de quatrième et je m'intéresse particulièrement à vos différentes œuvres.
Permettez-moi
de prendre quelques minutes de votre temps précieux. Lorsque j'ai
découvert votre souffrance au cours de votre enfance, j'ai admiré votre
réussite, qui est pour moi un exemple à développer. J'ai lu et étudié
votre histoire à partir d'un récit vous concernant, «Le voleur de feu»,
qui m'a passionné. Pourriez vous me dire si l'oiseau Baou a réellement
existé dans votre vie? Était-il un compagnon? Un animal familier?
D'autre
part, j'aurais voulu savoir de quelle façon vous avez réussi à faire
reconnaître votre talent, et à faire éditer vos œuvres.
J'imagine
que votre parcours a dû être long et difficile. Je vous remercie de
l'attention que vous porterez à ma lettre et des précisons que vous
donnerez.
Dans l'attente de votre réponse, je vous prie de croire, cher monsieur, à mes sentiments respectueux,
Matthieu Joly Desgouilles
Cher monsieur,
Votre lettre m'a ramené des années en arrière à ma propre année de quatrième...
C'est tout naturellement avec plaisir que je vous réponds. Je ne
connais pas le récit dont vous parlez ni cet oiseau, dont
j'imagine qu'il s'agit d'une licence poétique ou romanesque, une
métaphore de la création poétique. Je ne me
représentais certes pas la Muse sous les traits d'un oiseau,
mais après tout, pourquoi pas! Il ne s'agissait pas, en tout
cas, d'un animal familier, je n'en ai jamais eu.
Pour ce qui est de la diffusion de mes œuvres, je vivais à une
époque où les écrits étaient reconnus, et
où il fallait faire partie de cercles pour se faire
connaître et éditer. J'ai donc envoyé mes vers
à des poètes renommés, et ai fini par me faire un
nom (de si mauvaise réputation!) dans ce milieu. Mes travaux
suivants, par contre, du fait de leur aspect atypique (la prose rebute
certains poètes...) ont été plus compliqués
à publier, et je n'ai pu le faire qu'à compte d'auteur.
Je compte aussi des admirateurs parmi mes amis, qui ont passé
outre les ordres de brûler mes textes et les ont fait
paraître. Au vu des lettres que je reçois, je dois en
conclure (et j'ai honte d'en être heureux!) qu'ils ont bien fait!
Bien à vous, jeune homme et bon courage.
Rimbaud |