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Bonjour,
«Vénus Anadyomède» est un poème qui
m'a beaucoup marquée. Pourriez-vous me dire pourquoi vous avez
choisi de montrer la femme avec autant de dégoût?
Qu'est-ce qui vous a inspiré et qu'avez-vous voulu exprimer?
Cordialement,
Virginia
Chère mademoiselle,
Je suis heureux qu'on me parle enfin d'autre chose que du
«Dormeur du Val»! J'ai écrit la
«Vénus» à peu près à la
même époque, j'étais jeune et révolté
et l'un des objets de ma révolte était la poésie
si fadasse des romantiques, qui décrivent perpétuellement
des reines de beauté, des statues de marbre parfaites et
figées. J'ai donc tout simplement voulu prendre le contrepied de
ces textes si semblables, avec, bien entendu, la volonté de
choquer, propre à mes seize ans de l'époque.
Cela dit, même si j'admets volontiers l'aspect
exagéré de ce texte, ne pensez-vous pas que l'art oublie
souvent, pour des raisons esthétiques, bien sûr, de parler
des vieilles femmes? N'ont-elles pas aussi le droit de figurer dans la
poésie? Mais ce serait peut-être trop justifier, à
posteriori, ce texte un peu potache... J'étais jeune,
voilà tout!
Bien à vous,
Rimbaud
Cher monsieur Rimbaud,
Je peux très bien comprendre cela. De nos jours, votre
démarche n'aurait pas été originale (même si
les jeunes vous égalent rarement pour ce qui est du talent!). Un
très grand nombre d'entre eux ont acquis une grande
notoriété de par la provocation et la marginalité.
On retrouve souvent ce type de textes dans un style de musique
appelé «métal», «out», aussi
inspirés par la révolte et l'envie de «prendre le
contrepied» du caractère séduisant des chansons
populaires.
Les vieilles femmes ont tout à fait leur droit d'exister dans la
poésie! Même si je pense qu'elles ont le droit
d'être également valorisées! Je n'en reste pas
moins «fan» (admiratrice) de vos œuvres (sourire).
Mes amitiés,
Virginia
Chère mademoiselle,
Grâce à mon nouveau talent d'ubiquité, je me suis
un peu renseigné sur le style de musique que vous mentionnez et
je n'ai pu m'empêcher de sourire. Si j'avais vécu à
votre époque, j'aurais sans doute adhéré à
ce genre musical: et pour commencer, savez-vous que j'étais l'un
des rares de Charleville à porter les cheveux longs, quand
j'étais jeune?
Quand je me repenche sur mes premiers poèmes, je
m'aperçois qu'en effet j'ai souvent été
féroce pour les personnes âgées, hommes ou femmes
(je repense notamment aux «Assis»). Mais que voulez-vous,
j'étais jeune, et quand on est jeune, la vieillesse
déplaît par son côté statique et
désuet. La jeunesse veut de la vie et du nouveau, pas de la
nostalgie et de la lenteur! Je serais sans doute plus nuancé
aujourd'hui...
Bien à vous,
Rimbaud
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