Nephtali
écrit à

Arthur Rimbaud
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Arthur, Chère Mademoiselle, Vous avez raison, la familiarité ne m'a jamais gêné, du moins dans mes jeunes années. Car les gens changent, oyez-vous, et aujourd'hui, à mon âge, je pense être moins «sale gosse» qu'avant, peut-être plus fréquentable, encore que... Votre époque est-elle devenue si triste que les rêves n'y ont plus droit de cité? J'ose croire que l'insolence y existe toujours, encore faut-il que ce soit une insolence productive, celle qui bouscule pour faire avancer plutôt que celle qui heurte pour détruire. Je pense que j'aurais su, même là, exprimer mes envies et mes idées sans me laisser happer par la médiocrité ambiante. Celle de Charleville était, croyez-moi, de première force, et j'ai pu m'en extraire. Le tout est de le vouloir. Dans votre lettre, vous dites que vous êtes habituée à cette ambiance délétère: au contraire! À vous de bousculer ce trop connu pour changer la vie, votre vie! De quelle liste parlez-vous? Des gens qui font de la provocation par plaisir? Des sales gosses infréquentables? Personnellement, je n'ai jamais aimé les catégories et ai toujours pris soin de me démarquer des autres: le fait de porter un «ensemble branché» me plairait peut-être, mais pour un temps seulement. L'originalité devient obsolète très vite! J'aime assez l'idée que vous vous faites de moi, qui me renvoie à un temps révolu. M'aimeriez-vous, aujourd'hui, brûlé par le soleil et amaigri? Bien à vous Rimbaud |