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Mon amour,
Depuis le 10 novembre 1891, depuis cette funeste journée, je
ne sais plus comment vivre sans toi… Tu étais l’unique homme qui faisait vibrer
ma vie, tu étais l’unique homme qui comprenait la tempête dans mon cœur
d’adolescente… Même amputé, même diminué, tu serais resté, pour moi, l’homme de
ma vie… Lorsque tu disais à Isabelle, le 4 octobre, «j’irai sous la terre, et
toi tu marcheras dans le soleil», comme j’aurais aimé être à sa place, baignant
ton torse de mes humbles larmes pour essayer de te retenir, encore un
peu.
Tu étais l’incompris, le révolté… et tu n’as jamais cessé de l’être
dans mon cœur. Je t’attends, Arthur, je t’attends. Peu importe les années que je
passe à regarder par la fenêtre, je sais que tu reviendras…
Avec tout mon
amour,
Rébecca
Chère mademoiselle,
J’ai été extrêmement
inquiet en lisant votre lettre: quelle est cette histoire d’amputation? Je n’ose
imaginer ce qui va bien pouvoir se passer le 10 novembre 1891, d’autant
qu’aujourd’hui, en 1890, je me porte comme un charme – quoiqu’un peu fatigué. Je
suis absolument désolé d’avoir fait encore couler les larmes de ma pauvre soeur,
Dieu sait que je l’ai fait assez souffrir!
Rassurez-vous néanmoins! Pour
le moment, je suis bien vivant, et tant que Dialogus nous mettra en relation, je
le resterai.
Bien à vous,
Rimbaud
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