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À Nailloux, le 6 juin 2012
Cher Arthur Rimbaud,
Il y a quelque temps, j'ai lu une de vos poésies, «Ma
bohème», que d'ailleurs j'adore. Elle me fait rêver.
Ce n'est pas souvent qu'une personne ose partir et être libre
sans rien laisser derrière elle. J'aimerais tellement pouvoir
découvrir de nouveaux horizons sans me retourner.
Figurez-vous qu'aujourd'hui, un chanteur d'une trentaine
d'années, Raphaël, a écrit une chanson dont le
thème est similaire à celui de votre poème et qui
s'intitule «Sur la route». Ces deux œuvres se rejoignent
car la chanson évoque le voyage et la pauvreté:
«Traverser la vie sans billet de train» comme votre
poème: «Je m'en allais, les mains dans mes poches
crevées». Qu'en pensez-vous?
Sincères salutations,
Clotilde
Chère Mademoiselle,
Je suis heureux de vous avoir fait rêver, d'autant que ce
poème me rappelle certains jours de liberté et de
bonheur. Mais peut-être que pour pouvoir partir sans se
retourner, il faut ne rien avoir à perdre derrière soi.
La vie chez ma mère n'avait à coup sûr rien de bien
attrayant.
Je ne connais pas le chanteur dont vous parlez, mais aujourd'hui que je
suis plus avancé en âge, je suppose que tous les jeunes
gens rêvent de nouveaux horizons, ont la bougeotte. Vous voyez
que ce désir ne m'a pas quitté.
Bien à vous,
Rimbaud
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