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Mon cher Arthur,
Mes élèves t'apprécient beaucoup, car tu as
vécu les mêmes vicissitudes que les leurs, et que tu en as
fait matière à poésie.
Crois-tu
que la poésie est avant tout une musique? Comment vient-elle à toi? Par
quels sens la perçois-tu? Comment transformes-tu ce que tu perçois en
paroles?
Une admiratrice
Chère Mademoiselle,
J’aime beaucoup votre question qui me
renvoie des années en arrière. Oui, la poésie est pour moi «de la
musique avant toute chose», pour ne pas citer un autre poète, mais ma
musique n’est peut-être pas celle des autres. J’ai voulu briser le
carcan rythmique et mélodique de la poésie traditionnelle, et j’aurais
voulu permettre à chacun de créer sa propre musicalité.
La
musique est partout, il suffit de s’ouvrir au monde qui nous entoure.
Les couleurs ont leur musique et inversement les notes ont leur couleur
(les voyelles aussi...). L’immense Baudelaire avait raison lorsqu’il
écrivait que «les parfums, les couleurs et les sons se répondent», il
faut «juste» un peu de sensibilité. Ce n’est pas donné à tout le monde,
hélas. Après, pour retranscrire ces impressions en mots, j’ai envie de
vous dire qu’il faut travailler, même si l’on peut parfois avoir des
fulgurances. Certaines substances peuvent aussi y aider, mais elles
sont à manier avec précaution, de peur de se retrouver dans la fange au
réveil...
Je vous souhaite beaucoup de bonheur avec vos élèves.
Bien à vous,
Rimbaud |