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«Alors je suis partie.
Plein de rage, mon ventre,
Assise sur le lit,
Dans l'incroyable antre;
Où mes espoirs, mes peines,
Se meurent du mur gâté.
Mon cœur est plein de haine,
Et mon visage trempé;
De soupirs torrentiels:
Enfin! Tout abandonner,
En écoutant «Perfect Day».
Essayer de commencer...
Et le mur est si vide!
Et les regards si plaintifs!
Fuir cette vie aride,
Où mon cœur est mis à vif...
Alors pour de bon je pars.
Pour de bon je quitte...
En cheminant au hasard,
Loin de ces semaines tristes.»
Qu'en
pensez-vous? vous qui êtes la personne dont l'avis compte le plus
pour
moi. Merci de me faire part de votre réponse et de vos
sentiments à
l'égard de mes écrits. Vous êtes mon sauveur! Vos
mots ont su me
redonner confiance aux moments où je touchais le fond. Encore
merci!
Sappho 2000.
Chère Mademoiselle,
J'ai lu vos vers avec
intérêt; ils sont
sincères et personnels, ce qui pour moi est fondamental dans la
poésie.
Le thème du départ m'a évidemment ramené
à mes démons de jeunesse.
Je
me permettrai néanmoins une réserve: la première
strophe déclare «je
suis partie (...) assise sur mon lit», ce qui me semble un peu
contradictoire. Une petite modification de la ponctuation rendrait la
phrase plus claire...
Je suis touché et un peu
confus de savoir que mes vers ont pour vous une telle importance.
Bien à vous,
Rimbaud
Merci beaucoup pour vos conseils.
Je voudrais vous poser une question si vous me le permettez: avez-vous
déjà connu de grands moments de doute et de solitude
vis-à-vis de vos poèmes? Le sentiment particulier que
peut-être ils ne valent rien? Que personne ne peut les
comprendre, ni être touché par eux? Ce sentiment me vient
souvent... Et parfois je me dis que finalement, je ne suis rien et que
ma poésie ne changera pas le monde.
Répondez-moi s'il vous plaît!
Sappho 2000
Chère mademoiselle,
Je suppose que toute personne qui crée a des moments de doute.
Je me souviens d'avoir même demandé à mon cher
maître de brûler tous les poèmes que je lui avais
laissés, tant je les trouvais mauvais. Il ne l'a pas fait, et de
temps en temps je les retrouve avec plus ou moins de bonheur. Bien
sûr que l'on se sent souvent incompris, mais c'est là
qu'il faut trouver en soi les ressources pour continuer. Votre
poésie ne changera peut-être pas le monde, comme vous
dites, mais elle peut semer les graines qui lui permettront de changer.
Imaginez-vous que c'est depuis que je me suis enterré vivant ici
que j'apprends que mes poèmes ont du succès, c'est un
comble!
Bien à vous,
Rimbaud
Pourquoi est-ce un comble? Ne vouliez-vous pas devenir le plus
grand poète du siècle? Ou est-ce que toute cette
fierté et confiance en soi à la limite de l'impertinence,
était-ce pour cacher votre douleur? Je sais que ce que vous avez
ressenti est ce que je ressens souvent. Un mal profond et un sentiment
de grande impuissance. Au fond, la poésie ne sert-elle pas
à rendre la vie plus douce? Comment se libère-t-on de la
douleur? De la haine? Toutes ces questions me font également
avancer, j'en suis consciente. Est-ce que tout le monde ressent
ça? Pourtant je me sens bien seule...
Sappho 2000
Chère mademoiselle,
C'est un comble, parce que mon souhait de devenir un grand poète
a été mis à mal par la vie, et aujourd'hui, j'en
suis revenu. Je mets mes ambitions moins haut, si vous voulez. J'avais
la fierté et la confiance de la
jeunesse, l'insolence aussi. Il ne s'agissait pas de masquer de la
douleur, simplement la certitude de savoir mieux, de pouvoir aller plus
haut que quiconque.
Pour moi, non, la poésie ne doit pas rendre la vie plus douce,
mais plus forte, plus claire, plus complète. La
différence est de taille.
Comment se libérer de la douleur? Vaste question. Je ne pense
pas être la personne la mieux qualifiée pour cela. On ne
s'en libère pas, à mon sens, on la transforme, on la fait
taire, on l'apprivoise. Pareil pour la haine.
Faut-il d'ailleurs s'en débarrasser? J'ai toujours trouvé
que ces sentiments forts étaient les plus intéressants.
Je ne sais pas quel âge vous avez, mais vos questions me font
soupçonner une certaine jeunesse. Toutes ces interrogations sont
de votre âge, et si vous n'êtes pas seule à vous les
poser, le détour que vous semblez faire par la poésie
pourra sans doute vous donner une longueur d'avance sur ceux qui ne
font que se morfondre sans essayer d'exprimer ce qu'ils ressentent.
Bien à vous,
Rimbaud
C'est vrai. Sans la haine ni la douleur, je ne pourrais plus
écrire. Merci, votre point de vue est vrai, moi j'ai
légèrement tendance à exagérer lorsque je
suis mal!
Effectivement, j'ai seize ans.
Merci.
Sappho 2000.
Chère mademoiselle,
Continuez à exagérer, c'est comme ça qu'on est
vivant. Mais comme je l'ai dit un jour (et j'en suis toujours
persuadé), n'oubliez pas qu'on n'est pas sérieux quand on
a dix-sept ans! Ne soyez pas trop sérieuse...
Bien à vous,
Rimbaud
Qu'entendez-vous réellement par cette phrase?
Sérieux par rapport à quoi? À la morale qu'on nous
impose? Ou «pas sérieux» parce qu'on se laisse
dominer par nos sentiments qui se bousculent tous en même temps
dans notre tête? L'année prochaine, j'aurai dix-sept ans.
Hier, une flopée de professeurs, aussi hypocrite les uns que les
autres, sont venus nous présenter les objectifs de la
deuxième année de lycée. L'un d'eux, professeur de
littérature, nous a dit que la poésie (et
l'écriture en général), nous ne saurions jamais la
comprendre et encore moins en faire nous-même. Cette remarque m'a
beaucoup énervée pour le reste de la journée.
Sappho 2000
P.S.: j'ai lu quelque part que cette phrase, «on n'est pas
sérieux quand on a dix-sept ans», vous était
souvent répétée par Verlaine.
Chère mademoiselle,
Je voulais dire qu'à dix-sept ans, on a besoin d'une dose de
légèreté pour avancer dans la vie. A quoi bon
être trop sérieux, et vieillir avant son temps? Dix-sept
ans, c'est l'âge des amour(ette)s, des expériences... On a
tout le temps de se fixer des buts et de s'y tenir, à dix-sept
ans il faut papillonner un peu!
Heureusement que tous les professeurs ne sont pas comme les
vôtres et que certains sont encore capables de transmettre leur
savoir et leur passion sans freiner leurs élèves. J'ai eu
cette chance, et je vous souhaite un jour d'avoir la même (au
lycée ou après, peu importe, mais restez persuadée
que vous en trouverez un!).
Verlaine a pu me répéter cette phrase, qui est
néanmoins de moi (je n'aime pas me mettre en avant, mais j'aime
bien rendre à César ce qui est à ... moi!).
Bien à vous,
Rimbaud
Je me suis inscrite sur un site de poésie en ligne,
histoire de publier mes poèmes! Mais il y a quelque chose qui me
repousse. J'ai l'impression que personne ne parle sincèrement de
ce qu'il pense et parfois je me suis sentie mal à l'aise... Pas
comme les autres poètes du site. Pas à ma place.
Pour vous:
Éternité
Et la mer mêlée au soleil,
Est-ce donc ça l'éternité?
Ou le bonheur en sommeil?
En l'horizon - alors je pense,
Seule, que la vie est une chance.
Le vent est alors infâme,
Et moi, pauvre, ne suis qu'âme.
Sans doute, l'éternité est là.
Dans la vie, la joie de voir ça...
De se sentir libérée, ancrée;
Faire Un avec la Vérité...
Être là, en vie, en faire partie,
De cette terre, pourtant si meurtrie,
De cette force, plus haute que l'humain.
Le un est Tout, le tout n'est qu'Un.
Mes hommages...
Sappho 2000
Chère mademoiselle,
Cela doit venir de mon éducation et de mon vécu, mais je
ne suis pas certain que les sites en ligne soient le meilleur endroit
pour publier ses textes. À mon sens, la poésie doit se
mériter un peu et ne pas s'offrir ainsi à des gens qui
n'en seraient pas forcément dignes (diable, que je deviens
élitiste!). À mon époque, les poètes
forment un cénacle, nous savons que nous présentons nos
œuvres à de vrais connaisseurs. Pourquoi ne pas essayer
plutôt de rejoindre un club de personnes de chair et de sang? Le
contact serait plus sincére...
Merci pour votre poéme, je suis toujours ému de penser
que j'ai pu inspirer d'autres écrits.
Bien à vous,
Rimbaud
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