Jennifer Anyoh
écrit à

Arthur Rimbaud
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Cher monsieur Rimbaud, Chère mademoiselle, Je ne répondrai qu'à certaines de vos questions, la plupart m'ayant déjà été posées trop souvent. Je n'ai pas cherché à retrouver mon père, pour la bonne raison que j'ai appris sa mort il y a déjà quelques années. Et puis les moyens dont nous disposons à mon époque ne permettent pas des recherches approfondies. Ma vie de vendeur d'armes n'a pas duré très longtemps, et j'en ai aimé la partie aventureuse, lorsque les caravanes s'ébranlaient. La fin du voyage m'a toujours laissé un goût amer, davantage encore si des intérêts financiers sont en jeu. Mais j'ai profondément aimé ma vie de poète, sans doute pour la même part d'aventure qu'elle comportait. Je l'ai abandonnée quand je n'ai plus su goûter les voyages poétiques. Je reconnais m'être inspiré de mon aventure avec Verlaine dans certains textes d'«Une Saison en enfer», que je vous laisse le soin de trouver. Leur écriture m'a d'ailleurs permis de surmonter la tristesse inhérente à notre séparation tonitruante. Je ne pense pas que tous mes poèmes soient tristes, mais peut-être n'en suis-je pas le meilleur juge. Mes frères et sœurs n'ont pas écrit de poèmes, et je ne suis pas certain qu'ils me comprennent toujours... Bien à vous, Rimbaud |