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Cher poète,
Vous n'avez eu de cesse de torturer l'alexandrin. De votre
admiration, pour la démantibulation versifiée de Verlaine, est née, dans
vos vers, une césure libre, versatile... Vous ne pouviez l'imaginer mais vous
faites partie, selon Paulhan, des terroristes qui, briguant l'innovation par
l'usage de la subversion, ont eu la peau du vers.
Je travaille
aujourd'hui, au XXIe siècle, sur l'alexandrin et je souhaiterais vous
demander, puisque la question m'a été posée, si vous pensez qu'il reste une
place pour ce vers de nos jours. Ma dernière pièce (qui se jouera à Marseille et
à Aix-en-Provence en mai et juin; aurais-je le plaisir de vous y voir?) tente de
le rajeunir. Mais, immanquablement, je me demande s'il ne s'agit pas d'une
gageure; quel est votre avis?
Bien à vous,
Olivier
Cher monsieur,
Vous savez que j'ai toujours aimé les gageures. À mon
époque, la gageure est de poursuivre l'œuvre du grand Hugo sur l'alexandrin,
puis de s'en débarrasser tout à fait, comme l'a fait Verlaine (qui a trouvé
d'autres types de contraintes). Sans doute qu'à l'époque qui est la vôtre et qui
a eu, comme vous dites, «la peau du vers», la gageure serait cette fois de le
ressusciter, mais sous une forme rajeunie. Je suis d'ailleurs curieux de savoir
comment vous avez procédé pour cela.
Alors oui, je pense que l'alexandrin
a encore sa place, maintenant que l'on a montré ses limites et ses possibilités.
De plus, l'utiliser dans une pièce de théâtre est certainement judicieux et
intéressant. Je ne pourrai évidemment pas répondre à votre aimable invitation
-les voyages dans le temps ne semblent pas avoir beaucoup progressé!- mais
tenez-moi au courant du succès de votre pièce.
Bien à
vous,
Rimbaud
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