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Bonjour,
Vous souvenez-vous de moi? Je vous ai écrit une lettre
intitulée «Nouveau souffle». J'aurais voulu répondre mais je fus prise
par le temps et, au fond, j'hésitais, ne sachant vraiment que dire. Je
passe ma vie à hésiter -quelle ironie- moi qui ai finalement tant de
choses à dire! J’ai continué malgré tout à suivre votre correspondance
et j'ai pu lire que quelques personnes vous ont envoyé leurs poésies.
J'écris également, avec un style bien particulier -enfin je le crois-
mais j'hésite (encore et toujours) à vous montrer une de mes œuvres. En
y réfléchissant, peut-être ai-je peur de tomber dans la «banalité des
mots rabâchés». Pourtant, pourtant…
Je souhaite établir une
correspondance avec vous. J'aime tant vos poésies, votre esprit
rebelle… Tout simplement parce que je le suis également: rebelle,
rêveuse, voulant découvrir un monde, ouvrir une brèche, m'engouffrer
dans une bulle flottant sur l'azur. Et là encore, je trouve mes mots
fades… J'en ai assez, je souffre de ne pas avoir suffisamment confiance
en moi! Je ressens une certaine hargne –l’on me dit que ce n'est pas
bon d'être trop hargneux! Mais je parle, je parle… Je ferais mieux de
vous raconter mon époque: la vie du XXIe siècle. Le monde
devient si mécanique; mais au bout du compte, rien de nouveau sous le
soleil. L'on place sans cesse le monde sous le signe du progrès et
pourtant, il ne cesse de régresser! Même si l'on trouvait la solution
miracle à toutes nos préoccupations (égalité, respect… comment résumer
ce que l'homme recherche en un mot? Harmonie?), il y aurait encore des
éléments corrompus pour tout détruire, tout briser. La vie progresse:
nouveautés, inventions. Les gens sont rivés à des écrans de plus en
plus perfectionnés, racontant des histoires de plus en plus
«gneugneus», anabolisés à la niaiserie humaine, pouah! Il me faudrait
toute une génération pour vous décrire mon époque!
La vie était-elle si ennuyeuse au XIXe
siècle? Si vous aviez eu la télévision, aurait-ce été aussi uniforme?
Je pense que oui, rien n'est plus soporifique que ces programmes faits
pour nous transformer en moutons -même si certaines histoires peuvent
se révéler intéressantes.
Bien à vous,
Édelia.
Chère mademoiselle,
Je me souviens fort bien de vous, vous étiez
l’adoratrice de Cybèle. Je ne sais si ce culte vous a poussée à mettre
en mots ce que vous ressentiez, mais si tel est le cas, je serais
heureux de vous lire. J’ose espérer que les remarques que j’ai pu faire
à certains ne vous en décourageront pas: plus on avance en âge, plus on
est exigeant, et la dureté de la vie ici me rend de plus en plus dur,
sans hargne cependant. Vous avez raison, il n’est pas bon d’être
hargneux: l’agressivité nuit à l’harmonie qui devrait être, je pense
comme vous, la quête de chacun. À ce propos, je me suis renseigné sur
la télévision auprès des responsables de Dialogus, et il me semble que
cet outil va à l’encontre de toute harmonie, en ce qu’il n’engendre
qu’un morne unisson. Je suis donc heureux de ne jamais en avoir
bénéficié, encore que certains journaux de mon temps aient eu aussi
pour vocation de nous moutoniser.
Si le retard de ma réponse ne vous a pas rebutée, au plaisir de vous lire, mademoiselle.
Bien à vous,
Rimbaud
Bonjour à vous,
J’ai bien reçu votre réponse. Ce n’est pas très
grave pour le retard. Pour ce qui est de mes poèmes, en effet, ils sont
largement imprégnés de mon adoration pour la divine Cybèle, ou encore
la splendide Vénus. Je suis une amoureuse de cette planète, des
sentiers de terre jonchés de pierres tranchantes et reluisantes à la
clarté du jour. J’aime lever la tête au ciel, laissant l’astre d'or
baigner ma chevelure. La Terre est Divine, elle est Mère, au fond...
Mais en réalité j’ai plusieurs genres d’écriture, tout dépend de mon
humeur du moment.
Alors je veux bien vous montrer un de mes écrits, «Divine
Chtonienne», extraite de mon deuxième recueil, Le Lac des muses.
Je l'ai posté déjà sur un nom similaire: Azur Edelia De Lune. Il faut
dire que j’hésite encore à choisir un nom d’auteur fixe. Mais je pense
que je garderai Edelia…
Divine Chtonienne
Chère mademoiselle,
Merci infiniment pour votre texte, qui – et ne voyez dans
mes propos nulle flagornerie – m’a offert une bouffée d’air frais. Le style en
est éminemment personnel, et les images ne sont pas rebattues, ce qui est plus
rare! Je me permettrai juste un bémol, puisque vous aimez la musique: vous êtes
injuste pour Icare, dont l’entreprise est assez folle et hardie pour lui valoir
des éloges. J’ai toujours été proche de ce personnage qui s’est brûlé les ailes…
J’en suis d’ailleurs encore plus proche aujourd’hui si j'en crois la chaleur
qu’il fait chez moi!
Pour ce qui est de la musique, si je l’ai toujours aimée
(et je parle de la vraie, pas des flonflons de kiosque!), je ne la pratique
plus, le climat n’étant pas propice aux cordes d’un piano, et mes pérégrinations
m’empêchant de m’encombrer d’un instrument. Peut-être un jour m’y remettrai-je…
je vous souhaite bon courage avec la harpe, instrument angélique s’il en
est.
Au plaisir de vous lire,
Bien à vous,
Rimbaud
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