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Bonjours Arthur,
Je m'appelle Maeva, j'ai quatorze ans et j'apprécie beaucoup vos
poésies. Grâce à mon professeur de français,
j'ai pu les découvrir.
Je voudrais connaître votre enfance car je n'en sais que la
moitié et j'aimerais vous découvrir.
Sincères salutations,
Maeva
Chère mademoiselle,
Vous remercierez de ma part votre professeur de français.
Quant à votre question, je suis un peu embarrassé, car
vous ne me dites pas de quelle moitié de mon enfance vous
disposez... J'ai eu une enfance banale, j'étais bon
éléve, et ma mère était très
stricte, au point que cela m'a donné des envies
d'évasion, par les livres tout d'abord (et je rends grâce,
moi aussi, à mon professeur de français) et puis
concrètes ensuite.
Bien à vous,
Rimbaud
Cher Arthur,
Merci beaucoup de m'avoir répondu.
Ce que je voudrais savoir, c'est comment était l'école
à votre époque car mon professeur de français m'a
dit que vous faisiez l'école buissonnière! Cela m'a fait
beaucoup rire.
Est-ce que votre père, qui était militaire, était
plus strict que votre mère?
Amicalement,
Maeva
Chère mademoiselle,
Mon père n'était jamais là, et certains disent que
c'est son absence qui m'a fait «mal tourner»... Mais ma
mère était stricte pour deux, rassurez-vous, elle faisait
tout ce qu'elle pouvait pour élever ses enfants aussi bien que
possible, selon ses idées et ses valeurs. C'était donc
très strict, et à l'école aussi.
Imaginez que l'on devait écrire des discours et des vers latins!
Cela ne m'a jamais dérangé, j'adorais ça et
j'étais bon élève, un «fort en
thème», comme on dit. Mais en 1870, lors de la guerre
franco-prussienne, j'ai trouvé que rester assis sur un banc
pendant que des gens se faisaient tuer était inique, et c'est
là que j'ai commencé à battre la campagne.
Je me doute bien qu'à votre époque, surtout en ville,
l'école «buissonnière» ne doit pas être
évidente. Mais quand j'étais plus jeune, les buissons
abondaient autour de Charleville, et j'ai passé des heures
délicieuses à arpenter les routes en recueillant des
images. Et puis c'est le problème quand on est doué, au
bout d'un moment, on surpasse même ses professeurs, et
l'école perd de son intérêt!
Bien à vous,
Rimbaud
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