Gwénaëlle
écrit à

Arthur Rimbaud
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Cher Rimbaud, Mademoiselle Monsieur, Sachez que notre époque ne vaut guère mieux que la vôtre lorsqu'il s'agit d'amour et de sentiments. Les gens s'aiment mal, ou imaginent s'aimer alors qu'ils ne font que reproduire les doux contes de fées qui ont empoisonné leur enfance. Dans trop de films, dans trop de livres, on nous parle d'amour, et ce qui est supposé être un sentiment personnel, inexprimable, ne devient qu'un banal cliché. Tout est devenu si superficiel... Les hommes ne prennent plus le temps de se connaître. Il suffit de quelques marques d'affection, d'un ou deux points communs pour que les gens se croient fous d'amour l'un pour l'autre, alors que tout ce qu'ils cherchent, c'est un moyen de combler un tant soit peu le trou béant de leur solitude. Un auteur contemporain disait dans un de ses livres: «chaque homme est seul, et tous se fichent de tous, et nos douleurs sont une île déserte»; tant de justesse en si peu de mots me laisse bien songeuse. Triste siècle! En tout cas, merci beaucoup pour votre réponse, elle m'a permis de confirmer mes suppositions! Bien à vous, Gwenaëlle Mademoiselle, Ce que vous me dites est peu encourageant! La superficialité est, hélas, un mal si commun et partagé par toutes les époques! Heureusement qu'il existe parfois des rêveurs, des «voleurs de feu» (si ce n'est pas trop pédant de se citer soi-même!) qui tentent d'accéder au fond des choses pour les réinventer. Il ne tient qu'à vous d'en faire partie! Bien à vous Rimbaud |