Lettre d'acceptation
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Le 15 janvier de l'année 1837,
Madame l'éditrice, Votre proposition d'écrire des lettres à des correspondants d'un autre temps m'a laissé fort perplexe, je vous l'avoue… Comment cela est-il possible, depuis mon époque? Mais, après mûre réflexion, je pense qu'une telle expérience, aussi curieuse soit-elle, ne peut être qu'enrichissante pour moi. Cela me permettra de juger la valeur de mon humble musique à travers le temps, maintenant que la gloire m'est ravie et que je coule des jours paisibles avec mon ami de longue date Wegeler, à écrire des souvenirs sur mon très vénéré maître Ludwig van Beethoven, décédé il y a quelque dix ans maintenant. Pour ce qui est de votre proposition, je vais tenter de faire de mon mieux et de laisser à Dialogus quelques-unes de mes heures perdues entre deux crises de fièvre, de plus en plus fréquentes hélas. Je crains que la mort ne s'ensuive et j'accepte donc avec d'autant plus d'empressement votre proposition alléchante. Vous savez sûrement que mon temps libre n'est que très rare; j'en profite pour revoir mon père le Rhin (ainsi d'ailleurs que mon père Franz-Anton Ries) et pour aller dans un petit café qui me rappelle tant de bons souvenirs… Pour ce qui est des lettres que je recevrai, je voudrais juste demander que l'on ne mentionne pas ma mort avec précision; tout le monde doit mourir je le sais, mais j'aimerais tellement vivre encore dix ans. Avec tout mon respect et toute ma curiosité, Ferdinand Ries, compositeur |