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Le 22/10/07 au collège privé de Marcq-en-Baroeul
Cher Brasse-Bouillon,
Nous
avons bien aimé votre livre, "Vipère au poing", mais nous n’avons pas
bien compris la fin, quand vous et votre famille reveniez de chez votre
tante. Nous aimerions que vous nous l’expliquiez. Etes-vous et
allez-vous être le personnage d’autres livres? Nous aimerions vous lire
et vous relire dans nos petites pages passionnantes.
Lors de
l'adaptation cinématographique de votre roman, quelles ont été vos
impressions et avez-vous l’intention de recommencer? Si oui, quand et
dans quel(s) film(s), et avec quels acteurs?
Quelles sont vos passions? Tuez-vous toujours les vipères? Aimez-vous d’autres animaux?
Cordialement,
Trois élèves du collège de Marcq (Nicolas, Robin, Rodolphe)
P.S. Nous aimerions que vous nous répondiez vite!
Chers Nicolas, Robin et Rodolphe,
Que de questions! J’ignorais que ma vie suscitait autant d’exaltation
de la part des générations futures! Je vais tâcher
de vous répondre avant que le couvre-feu ne tombe. Au pire, je
cacherai ma bougie sous une table, pour éviter de me faire
repérer par les abbés qui font continuellement une ronde
dans les couloirs du dortoir.
Vous devisez de certaines choses comme si elles m’étaient
familières, mais sachez que j’ignore de quelle adaptation
cinématographique vous me parlez. Certains de vos contemporains
m’en ont également fait part, mais je ne saurais vous
répondre. Comment le cahier dans lequel je consigne les instants
de ma vie –puisque j’imagine que c’est de ce livre que l’adaptation a
pu être faite– a pu se retrouver entre les mains d’un adepte du
cinématographe? Ce cahier est pourtant bien caché,
à l’abri du regard indiscret des pères jésuites et
autres compagnons de dortoir qui m’entourent.
Votre expression «nous n’avons pas bien compris la fin»
m’amuse beaucoup; comme si le départ de la Belle Angerie
constituait la fin de ma vie! Remarquez, il s’agit en effet de la fin
d’une ère, la fin d’un moment de ma triste vie, et surtout le
commencement d’une vie nouvelle pour mes frères et pour
moi-même! Je pense que vous voulez parler du périple qui
m’a mené jusque chez mes grands-parents paternels, les
Pluvignec. Lorsque je me suis enfui de la demeure familiale, j’ai voulu
courir chez mes grands-parents, car je ne les connaissais pas et
j’espérais obtenir d’eux un peu de compassion face aux
châtiments qui m’étaient infligés par ma
mère. Seulement, arrivé là-bas, j’ai compris, j’ai
enfin compris. Comment Folcoche aurait-elle pu être autrement?
Ses parents ne m’ont porté ni attention, ni tendresse, et encore
moins affection. Ce sont des êtres égoïstes, qui ne
vivent que pour «le grand monde». Certes, pas de
méchanceté, pas de violence de leur part, contrairement
aux agissements de ma mère, mais une indifférence, une
indifférence si forte qu’elle dépasse en tous points les
coups de fourchette de ma génitrice. Voilà pourquoi j’ai
compris que ma mère n’aurait pu être autre que ce qu’elle
est devenue!
Avec toute mon affection,
Brasse-Bouillon
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