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Bonjour Brasse-Bouillon,
Je suis une jeune collégienne dotée
d’une grande imagination; j’aime beaucoup la littérature, mais
seulement en sujet non imposé! Il y a quelques semaines, notre
professeur de français nous a demandé de choisir un roman
autobiographique pour en faire la fiche de lecture. J’ai eu beaucoup de
mal à rentrer dans votre livre, j’avais besoin de l’avis d’autres
personnes, alors je me suis promenée de site en site, à la découverte
de votre vie -qui m’a plutôt intéressée… J’ai seulement une question à
vous poser: quel(s) souvenir(s) vous a le plus marqué? Merci de me
répondre le plus rapidement possible!
Cordialement,
Laura
Ma chère Laura,
Quel bonheur de recevoir du courrier: même si
ici, à la pension Sainte Croix du Mans, la vie est plus facile qu'en
compagnie de ma terrible mère, je dois avouer que l'ennui me gagne un
peu plus chaque soir. Ainsi, vous parlez de «mon» livre. L'histoire en
est incroyable; il est vrai que je compile certains de mes souvenirs
dans un cahier que je cache sous mon matelas, mais de là à en faire un
livre… Je ne peux cependant que vous croire -certains de vos
contemporains ayant déjà évoqué mes mémoires; j'avoue que cela me rend
fier, même si ma vie n'a rien n'enviable.
Quant à mes souvenirs,
difficile à dire. Je pense qu’ils se sont constitués autour de ma mère;
«malheureusement», devrais-je plutôt avouer! La tentative de noyade
restera à jamais gravée dans ma mémoire… Imaginez à quel point notre
génitrice a dû nous pousser dans nos plus extrêmes retranchements pour
que nous en arrivions à de telles extrémités! Folcoche s'en est
pourtant sortie. Et puis, je me souviens également de l'histoire du
portefeuille qu'elle avait voulu cacher dans ma chambre pour m'accuser
de vol! Cette femme est décidément le diable incarné! Je garde
également la trace des dents de la fourchette sur le dos de ma main,
entre les os des doigts! Les souvenirs sont si nombreux…
Il
existe pourtant dans mon cœur un beau souvenir, un vrai, un tendre et
plein d'amour: l'image de ma grand-mère, peu avant son décès, lorsque
nos parents se trouvaient encore en Chine. Si vous saviez avec quel
amour elle nous élevait; je la regrette très sincèrement. Voilà ce qui
me revient en mémoire rapidement. Les souvenirs sont nombreux, mais peu
sont pleinement heureux.
Avec toute mon affection,
Brasse-Bouillon |