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Édouard 
écrit à

Jean Rézeau


Important et personnel


   

Marcq-en-Baroeul, le 23 octobre 07

Cher Brasse-Bouillon,

Salut, je m'appelle Édouard, j'ai dix ans. Voilà, je t'écris de mon collège pour te faire part de mes soucis.

Un jour, lorsque je suis allé chez mon ami Charles, en passant le seuil de la porte, j'ai aperçu sa mère lever la main sur lui… Je sais qu'une mère a le droit de frapper son enfant lorsqu'il fait une bêtise, mais là, la cause était vraiment absurde! Il avait tout simplement oublié d'enlever ses chaussures en entrant. Puis j'ai remarqué durant toute la soirée qu'elle le rabaissait, qu'elle lui faisait des remarques désobligeantes, alors qu'il était calme et innocent.

Le soir nous en avons parlé et il m'a dit qu'il avait droit à ça tous les jours et que parfois c'était même pire. Son père ne réagit pas à ces injures. Charles en a peur! Je me fais beaucoup de souci pour lui. Que dois-je faire? Réponds-moi vite.

Mes plus sincères salutations,

Édouard



Mon cher Edouard,

Ta lettre m’a tellement bouleversé que j’ai dépassé de quelques heures le couvre-feu, ressassant encore et encore le secret que tu as eu la confiance de partager avec moi. L’histoire de ton ami Charles est terrifiante, d’ailleurs je ressens encore la douleur au ventre qui m’a prise hier soir à la lecture de ta missive. Evidemment, celle-ci n’est point sans me rappeler les conflits qui me confrontèrent pendant longtemps avec ma génitrice, à la différence que ton ami ne semble pas se défendre, comme je l’ai fait, aidé dans ma tâche par mon frère et confident Freddie. Finalement, nous avons, ma mère et moi, joué avec le feu. Elle a voulu me pousser dans mes retranchements les plus profonds, mais l’effet inverse se produisit: l’acharnement avec lequel j’ai tenté de mettre fin à ses jours est surprenant, venant d’un être qui n’avait jamais connu que la tolérance et la bonté auprès de sa grand-mère.

Quoi qu’il en soit, ton ami ne doit pas laisser les violences de sa mère impunies, il lui faut trouver refuge auprès d’un ami. Tu dois être quelqu’un de très important dans sa vie pour qu’il te confie sa détresse. Surtout garde ce lien qui vous unit et essaie d’en parler autour de toi. Les parents n’ont pas le droit de porter atteinte à leurs enfants, ils ne sont pas leur chose, leur animal de compagnie. D’ailleurs j’imagine que les animaux doivent être mieux traités que lui.

Mon ami, je te remercie pour ta confiance et espère avoir pu t’aider par mes paroles, même si je devine l’impuissance de mes propos… Ne garde surtout pas ce secret pour toi, il est trop lourd à porter, tu ne t’en remettrais pas.

Avec toute mon affection,

Brasse-Bouillon

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