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Rause
écrit à

Jean Rézeau


Connaître


    Bonjour,

Je serai brève: je suis une femme du Québec (Canada); évidemment tu ne me connais pas car nous sommes en l'an 2007.

J'aimerais que tu nous parles de toi.

Merci de ta collaboration.

Rause


Chère Rause,

Je suis très flatté qu'en 2007 certaines personnes pensent à m'écrire. Malgré mon jeune âge, j'ai vécu des expériences diverses autant que malheureuses, bien qu'aujourd'hui je sois relativement content de mon sort, à la pension Sainte-Croix du Mans. Mon enfance auprès de ma grand-mère et de mon frère Fredie à la Belle Angerie, notre demeure, fut remplie d'amour. J'y reçus une éducation chrétienne dont les préceptes se résumaient surtout en une charité à apporter à notre prochain.

Seulement, cette vie si paisible se transforma en cauchemar lorsque mes parents, les Rézeau, et surtout ma mère, revinrent de Chine en compagnie de ce frère que je ne connaissais pas, Marcel. Ma mère, que nous surnommâmes bien vite Folcoche, n'avait d'autre dessein que de réduire l'éducation de Fredie ainsi que la mienne - surtout la mienne devrai-je dire – à une austérité sans nom. Et encore, si seulement notre vie n'avait été qu'austère, nous n'aurions point eu de raison de nous plaindre… J'ai encore en mémoire la douleur des coups de pointes
de fourchette sur le dos de la main, les punitions à répétition, les interdictions en tout genre, les tentatives, bien souvent infructueuses, de nous faire accuser pour des bêtises que nous n'avions pas commises… Si seulement mon père avait eu le charisme nécessaire pour intervenir auprès de Folcoche, mais jamais il ne nous défendit, ou si peu…


J'espère avoir répondu à votre question, qui me permet en même temps d'analyser ma vie… Je consigne mes réponses, en double, dans un cahier. On ne sait jamais, elles pourraient servir, un jour…

Amicalement,

Brasse-Bouillon

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