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Nolùen 
écrit à

Jean Rézeau


Collections


    Cher Brasse-Bouillon (si vous me permettez de vous donner ce surnom...),

Après avoir découvert ce que fut votre enfance à la Belle-Angerie, j'ai plusieurs questions à vous poser et j'espère que vous trouverez le temps d'y répondre.

Votre père comme votre mère sont des collectionneurs: lui de mouches, elle de timbres... Avez-vous hérité de ce penchant et, si oui, pour quelle collection? Vous êtes maintenant en pension: est-ce que des personnes qui vous sont chères, commme Freddie ou Fine, vous manquent? Car échapper à votre mère impliquait de s'éloigner également d'eux et cela a dû vous causer à tous du chagrin, non?

Enfin, je voulais savoir si vous appréciiez le père Wolitza, qui était en profond désaccord avec les méthodes de votre mère (c'est ce qui lui a valu d'être renvoyé au profit de l'abbé Triquet, comme vous l'ignorez peut-être puisque vous étiez chez votre tante Thérèse à ce moment). Car pour ma part j'ai trouvé ce personnage fort attachant!

Amicalement,

Nolùen



Chère Nolùen,

Je serais bien cavalier de ne pas vous permettre de m’appeler par le sobriquet qu’utilisent couramment mes frères. Je m’y suis habitué, depuis le temps, et cela ne me dérange guère. Et puis, cela me sort un peu de la rigidité de l’enseignement des abbés!

Effectivement, vous connaissez un certain nombre d’éléments sur ma famille. Hélas! Comment pourrais-je être moi-même collectionneur? Savez-vous que j’ai déchiré toute ma collection de Folcoche, tant elle m’insupportait! Quant à mon père… Sa passion pour l’entomologie a pris le pas sur ses devoirs paternels… Il se souciait si peu de notre bonheur, à Freddie et à moi, il hésitait tellement à contrer les horreurs que nous faisait subir notre mère! Comment pourrais-je être passionné par ces cadavres d’insectes qui prirent une part plus importante dans son existence que la vie de ses enfants?

Alors loin de moi ces collections aussi ennuyeuses qu’inutiles! Un jour peut-être, mais pour le moment, elles me rappelleraient de bien mauvais souvenirs…

Freddie ne me manque pas puisque nous partageons la même pension, même si je n’occupe pas le même dortoir que lui. En revanche, je pense si souvent à Fine, notre chère Fine, qui nous a élevés et choyés depuis notre plus tendre enfance. Avec elle, sourde et muette, pas besoin de mots, elle nous comprenait! Simplement, je ne regrette pas cet éloignement, même si pour arriver à mes fins j’ai dû faire quelques sacrifices.

Le père Wolitza est un homme de bien, un homme digne de porter l’habit religieux qui le caractérise! Nous l’aimions beaucoup, il était humain et bon. Même si je n’ai jamais vraiment su la raison de son départ, vous imaginez bien que je me doutais depuis un certain temps que Folcoche n’y était pas totalement étrangère. Cela n’a fait qu’ajouter une haine supplémentaire à celle que je lui portais déjà!

Vos questions me replongent dans un passé assez proche, et déjà lointain. Je suis ravi de pouvoir discuter avec vos contemporains: cela me permet de m’évader un peu dans l’écriture, que je chéris plus que tout, même si elle réveille des moments douloureux de la vie à la Belle-Angerie.

Avec toute mon affection,

Brasse-Bouillon

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