Lettre d'acceptation
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Hiver 1931 Chère Utopia, Les journées sont longues au Collège jésuite Sainte-Croix du Mans où je me trouve désormais avec mes frères, Fredie et Marcel. Ces sept dernières années ont été particulièrement difficiles à vivre pour nous tous, en raison du tempérament de ma mère. Vivre loin de mes aïeux me pousse à la réflexion et c’est une certaine pitié qui m’emplit aujourd’hui pour celle qui me fit office de génitrice. Oh, bien sûr, je n’oublie pas les horreurs qu’elle a pu me faire subir, mais je dois avouer que je ne l’ai pas non plus abreuvée de tendresse… Et mon père, n’a-t-il point son lot de responsabilité dans l’éducation que nous avons reçue? Sous la crainte de son épouse, se cachait-il de l’affection ou de l’indifférence à notre égard ? J’aime écrire, et je crois même deviner déjà une certaine vocation pour le métier de plume... Serait-ce de la nostalgie pour cette enfance qui fut loin d’être insouciante? Heureusement, mes frères me soutiennent dans mon projet et Folcoche n’a pas réussi à nous séparer, malgré ses tentatives de nous envoyer dans différents collèges. Mon père, attentif au budget, a tranché en prétextant une réduction de scolarité pour trois enfants inscrits dans le même établissement… mais était-ce vraiment un prétexte ? Le couvre-feu instauré à 21 heures par les abbés va bientôt arriver, il me faut abandonner mon courrier. Au plaisir de vous lire, Jean Rézeau, dit Brasse-Bouillon |