Votre cousine Elisabeth
écrit à

   


Sophie de Réan

     
   

Retrouvailles parisiennes

    Ma chère Sophie,

J'ai reçu votre lettre m'annonçant votre venue à la capitale. Si cela vous convient, je serais ravie que vous honoriez ma demeure de votre présence ce samedi pour le thé. J'espère que vous serez accompagnée de Camille, Madeleine ainsi que de Marguerite.

Je me rappelle souvent l'été dernier, où nous avions tant ri avec ce cher Paul. Comment va-t-il? Et votre chat, à qui nous avions tant fait de misères? Vous souvenez-vous de la fois où nous avions essayé de faire avancer ce pauvre Cadichon! Votre poupée est-elle en bonne santé ces jours-ci? Faites-y bien attention car je vous rappelle que c'est tout de même votre fille, ma chère!

Madame de Réan se porte-t-elle bien? Quant à mon père, sa santé s’améliore peu à peu. Il est encore trop faible et ne peut toujours pas aller à son cabinet, même si vous et moi savons parfaitement qu'il ne le fréquente plus depuis la soixantaine passée, car il préfère passer ses saintes journées à son club de bridge.

Sur ce, je vous embrasse et espère vous voir bientôt.

Votre cousine Elisabeth.



Ma chère cousine,

Votre lettre m'a tant fait rire! J'aimerais pouvoir capturer tous ces beaux souvenirs et les enfermer dans une grande cage à oiseaux; ainsi ils ne pourraient jamais sortir, mais ils chanteraient éternellement dans notre tête!

Si je ne vous ai pas répondu depuis si longtemps, c'est que j'étais au château de Réan, et les lettres, quant à elles, sont restées à Fleurville. J'espère que vous ne m'en voudrez pas. Je sais que vous avez la colère facile. Cependant, peut-être cela a-t-il changé. Nous ne nous sommes pas revues depuis si longtemps... si longtemps que vous ne devez pas connaître la mauvaise nouvelle. Ma petite cousine, ma mère est morte dans un naufrage il y a deux ans maintenant. Nous sommes allés en Amérique, où mon père est mort à son tour, et j'ai dû rester avec mon horrible belle-mère qui me frappait! Maintenant qu'elle est morte, je vis avec Madame de Fleurville. Elle est si gentille avec moi! J'ai aussi retrouvé mon cousin Paul! N'en soyez pas trop touchée. La vie est ainsi, parsemée de malheurs. Sans eux, comment pourrions-nous connaître le bonheur? C'est pour cela que je vous parlais, en début de lettre, de capturer les souvenirs. Car ces moments de joie deviennent vite de lointains souvenirs qui s'effacent avec le temps.

Mais j'aime Paris! Et je vous aime, ma cousine! J'aime venir vous voir et visiter cette ville qui m'est si chère. C'est avec plaisir que je viendrai vous voir à ma prochaine visite de la capitale!

Embrassez fort vos parents de ma part, surtout votre pauvre père, à qui je souhaite de se rétablir du mieux possible.

Je vous embrasse, mon Élisa,

Votre cousine têtue, comme vous l'appeliez si souvent!