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douchka_kalinka@hotmail.com |
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Votre enfance |
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| Nous savons peu de choses à propos de votre enfance, de votre jeunesse et
de votre famille. Pourriez-vous nous en parler davantage? Kalinka Bien sûr, Kalinka! Mon père, Efim Iakovlevitch Raspoutine, avait vingt ans lorsqu'il a épousé ma mère, Anna Vassilievna, vingt-deux ans. Ils se sont mariés le 21 janvier 1862, à la petite église Notre-Dame du village de Pokrovskoié en Sibérie, village où je suis né et où j'ai grandi. Pokrovskoié est un petit village champêtre, perdu au milieu des étendues sibériennes occidentales et situé aux abords de la rivière Toura, dans le district de Tyoumen, province de Tobolsk. Peu après leur mariage, mes parents ont mis au monde 2 ou 3 filles qui toutes, sont mortes alors qu'elles étaient bébés. Il faut dire que c'est malheureusement assez fréquent à notre époque de perdre des enfants en bas âge, vu la pauvreté et les rigueurs du climat sibérien. Le 7 août 1867, ma mère a donné naissance à mon frère Andreï, et moi, je suis né le 10 janvier 1869, jour de la Saint-Grégoire. C'est d'ailleurs pour cette raison que je mes parents m'ont prénommé Grégori. J'ai été baptisé dans la même petite église blanche en pierres, qui avait vu mes parents se marier près de 7 ans auparavant. Mes parents étaient des agriculteurs et nous possédions une ferme où l'on avait aussi quelques bêtes. La vie était rude à la campagne, ainsi mon père ne nous incita guère, mon frère et moi, à fréquenter l'école puisqu'il prétendait que l'instruction était l'oeuvre du diable. Ma jeunesse a donc été marqué par le dur travail de paysan et ce, depuis mon plus jeune âge. En plus des travaux de la ferme, on m'avait donné pour principale tâche de m'occuper des animaux, surtout composés de chevaux, que je devais nourrir et soigner car il s'est avéré très tôt que j'avais un certain talent naturel avec les bêtes. J'arrivais à les apaiser rapidement en les fixant du regard et en leur parlant doucement, ainsi c'est à moi que mon père faisait appel lorsqu'un des chevaux s'emballait et devanait hors de contrôle, afin que je le calme. J'étais très différent des autres enfants de son âge en ce sens que je préférais côtoyer les sages (starets) du village et profiter de leurs enseignements au lieu d'aller jouer avec les autres enfants. Par une froide journée d'hiver, alors que je jouais dehors avec mon frère, un accident arriva. Nous sommes tombés tous les deux dans les eaux froides de la rivière près de chez nous, et nous avons ainsi attrapé un coup de froid qui s'est bien vite transformé en pneumonie. Mon frère en mourut alors que moi, je m'en rétablis. La mort de mon frère aîné m'a laissé un vide profond et j'ai mis longtemps à m'en remettre, me sentant affreusement coupable de lui avoir survécu. Par ailleurs, j'étais pleinement conscient qu'après la mort de mon frère, j'étais maintenant seul pour aider mon père à la ferme. Dès l'âge de quinze ans, je me souviens que j'étais déjà sujet à de grandes crises mystiques. C'est d'ailleurs à cet âge que je fis ma première fugue... j'ai tenté de gagner, seul, le monastère de Verkhotourié, à cinq cents verstes de mon village (une verste équivaut à 1067 mètres). Mon père, furieux, partit à ma recherche, me rattrapa et me corrigea sévèrement puis tenta de me remettre au travail sans grand succès puisque j'étais aussi un enfant très têtu. Malgré mon caractère entêté, on disait aussi que je possédais un regard pénétrant, empreint de tendresse et de mélancolie, ce qui semblait fasciner mes pairs et me permettait de séduire aisément les jeunes filles. Plus d'une fois d'ailleurs, je me fis battre pour avoir été surpris en compagnie de jeunes filles des environs que je cherchais à courtiser avec ferveur et passion. À dix-huit ans, j'étais déjà bien connu de mon entourage pour mes excès de débauche et d'ivrognerie. Il faut dire qu'en Sibérie, la vie est rude et la vodka coule à flot. Je le confesse, à cette époque, j'étais devenu paresseux, voleur, ivrogne et trousseur de filles. Malgré tout, je savais aussi me faire remarquer dans les fêtes de village, par mes qualités de boute-en-train, chanteur et danseur infatigable, qui avaient fait ma renommée. Bref, comme tu peux le constater, ma jeunesse a été fort mouvementée. Heureusement, à l'âge de 19 ans, je me suis marié et je me suis assagi par la suite, en me rapprochant de Dieu et en faisant de nombreux pèlerinages pour expier mes fautes. Cordialement, Grigori Raspoutine Êtes-vous au courant que plusieurs personnes, en Russie, demandent à ce que vous soyez reconnu comme étant un Saint, au même titre que la famille du tsar Nicolas II? Que pensez-vous de cela? Kalinka Moi, un saint? Dites à vos contemporains que cela me touche profondément mais qu'ils font erreur... je ne veux pas être sanctifié, je ne mérite pas cet honneur, je ne suis pas un saint homme. Autrefois, je l'ai été, mais à présent, je suis rongé par mes démons intérieurs et je me saoule des nuits entières chez les tsiganes pour y chercher l'oubli et la paix de l'âme que même l'ivresse ne me permet plus de trouver. Comment puis-je espérer trouver la paix au fond de mon âme lorsque je sens à chaque minute l'étau se resserrer autour de moi et lorsque je ressens partout sur mon passage tant de haine et tous ces complots qui se trament? Je te le dis, ma belle, à s'approcher trop près du pouvoir comme je l'ai fait, on s'y brûle les ailes et l'on y perd un peu plus de son âme à chaque jour. Je ne suis pas un surhomme et, sans le vin et l'ivresse, comment pourrais-je supporter tout cela? Moi, je ne veux pas être sanctifié... je veux juste que cessent les mensonges et les ragots sur mon compte... je veux juste que l'on me laisse vivre ma vie tranquille. Je veux que la police cesse de me suivre et de rapporter mes moindres faits et gestes dans ses rapports, je veux que les journalistes cessent de me harceler et de déformer mes propos. Au lieu de vouloir me sanctifier, priez pour les Tsars, car si l'on venait à m'assassiner, il faut tout redouter pour la famille impériale et le peuple russe... je vois de grands malheurs s'abattre sur la sainte Russie. Tant que je serai en vie, la dynastie vivra... J'aimerais bien m'enfuir loin de tout cela, mais ce ne serait que de la lâcheté de ma part... je ne puis abandonner ainsi notre batiouchka, le père de toutes les Russies, le tsar Nicolas et son épouse la tsarine Aleksandra. Je dois aller jusqu'au bout du chemin que Dieu m'a désigné, quel qu'en soit le prix à payer. Je te le dis aujourd'hui, ma colombe, j'ai 47 ans et je sens que je ne verrai pas mon prochain anniversaire et que je n'aurai jamais 48 ans, ainsi il me faudra bien pouvoir faire mes adieux à mes amis avant de les quitter... Si seulement il m'était accordé de vivre 5 années encore, la maladie du tsarévitch serait définitivement vaincue et l'avenir du trône serait assuré. Après cela, je n'aurais plus aucune raison de rester dans le monde... je m'éloignerais même de ma famille et de mes amis les plus chers afin d'aller prier dans la solitude en un lieu connu de moi seul, afin de fortifier mon âme. Il me faudrait retourner à la vie d'ascète qui était mienne autrefois. J'ai tant de lourds péchés à expier... je dois bien m'occuper un peu de ma pauvre âme que j'ai trop négligée ces derniers temps! Grigori Raspoutine |
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