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Un
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cher Grigori, Parfois je m'assois dans mon jardin, au loin mes pensées vont... Je sens le vent soufflé, comme je vois la Révolution te tuer... Sachant et voyant votre mort venir, vous ne pouvez plus rien faire. Si tout ceci était à refaire, le referiez-vous? Est-ce que si le petit père vous permettait de revivre votre vie, vous la revivriez exactement comme vous l'avez vécue. Auriez-vous sacrifié votre existence pour le fils du Tsar et de la Tsarine ou seriez-vous resté paisiblement dans votre village entouré de votre douce et belle famille? Si la Sainte-Vierge, vous ayant confié la mission de guérir le petit Alexi, vous offrait de retourner dans le passé pour ainsi protéger et chérir votre famille, le feriez-vous? Signé Votre Ami Quelle belle poésie, que ta lettre, cher ami! Moi aussi, j'adore m'asseoir à l'écart, dans la paix et la tranquillité de la nature afin de laisser vagabonder mes pensées et pour prier, aussi. Je sens effectivement la mort venir et s'approcher de moi, de jour en jour... Je peux déjà sentir son souffle glacé et ça me fait très peur. Si seulement je pouvais éloigner de moi ces visions qui me terrorisent sans cesse... Je ne me sens bien, désormais, que lorsque je noie mes pires craintes dans l'alcool. J'essaie de tout oublier car sinon ce serait humainement insoutenable et j'en deviendrais fou! Je ne suis plus que l'ombre de moi-même et je me sens désormais comme un animal piégé, tu comprends? Je me sens comme le supplicié dans sa cellule, qui attend son heure et la venue de son bourreau. Tu me demandais si tout ceci était à refaire, si je le referais? Je te le dis, si notre petit Père dans les cieux me permettait de revivre ma vie, oui, je le referais car c'est en son Saint nom que j'ai sacrifié ma vie. C'est grâce à lui si j'ai pu soulager le petit, notre tsarévitch, de son mal, et je dois rester auprès des tsars puisque c'est SA volonté divine qu'il exerce à travers moi... Moi, je ne suis que son outil, son instrument. Je l'ai toujours dit, ce n'est pas moi qui guéris... c'est LUI. Oui, je revirais ma vie exactement comme je l'ai vécu, et lorsqu'il m'arriverait de pécher car je ne suis qu'un pauvre pécheur, je me repentirais avec toute la ferveur de mon âme comme je l'ai toujours fait afin d'implorer son pardon. Je n'ai qu'un seul regret... C'est de ne pas avoir été toujours aussi disponible et présent que je l'aurais voulu auprès de ma femme, Praskovia, et de mes trois enfants, Dimitri, Matriona et Varvara... Ils grandissent si vite et je les aime tant! Si notre petite Mère, la Vierge Marie, m'offrait elle aussi la possibilité de revenir en arrière pour protéger et chérir les miens, je ferais comme j'ai toujours fait... Je ferais de mon mieux tout en demeurant au service des Tsars et de notre pays, la Sainte Russie. Alors je te le dis cher ami, non seulement j'entrevois ma mort prochaine... en cette fin d'année 1916, je ne verrai sans doute pas la venue de la nouvelle année, ... mais je vois aussi des temps difficiles à venir, des torrents de larmes et de sang qui noieront notre pays... Alors, prie... prie avec moi, mon ami, afin que nous soyons épargnés de tout cela! Dieu te bénisse, cher ami, Grigori Raspoutine |
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