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hugues.t@skynet.be |
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Mon Seigneur |
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| Mon doux starets, Votre serviteur Feu follet a changé d'adresse... Oui, en effet, je regrette que notre maudite technologie ne soit guère plus évoluée (l'idée d'être dans le samovar du plus grand moine de Russie me donne tant envie de remonter le temps... On trouvera bien le moyen, un jour...) Je voulais tant vous contacter, vous parler. Cependant, j'ai été appelé au devoir de tout bon étudiant: les examens! Vous contacter, non pour des questions aussi importantes, mais pour Une question, toutefois plus osée... La voici donc cette question: des gens ont osé vous comparer au Christ; bien que vos convictions sur le sujet vous fassent penser que nous pouvons tous devenir un «Messie» ou une «Mère de Dieu», ne pensez-vous pas qu'élever, même Vous, Votre grandeur, à ce niveau est une sorte de blasphème? Je vous supplie de me répondre lestement; chaque jour sans entendre de vos nouvelles est un jour las et triste! Votre dévoué Feu follet Mes salutations, cher Feu follet, Votre missive m'a fait un peu sourire, veuillez m'en excuser, mais j'avais oublié que vous n'êtes pas très familier avec nos termes russes! Quand je parlais de mon samovar, je faisais allusion à ce genre de bouilloire à réchaud qui fournit de l'eau très chaude en tout temps pour le thé, et que l'on retrouve dans toutes les demeures en Russie. Ainsi donc, je vous disais que j'aimerais bien vous recevoir dans mon salon (kabiniet) afin de vous offrir un bon thé chaud, tout droit sorti de mon samovar, comme il est de coutume en Russie. Vous avez bien fait de ne pas négliger vos devoirs d'étudiant et vos examens... mes deux filles Matriona et Varvara sont, elles aussi, présentement aux études et je trouve cela très important. J'aurais aimé savoir lire suffisamment pour pouvoir lire les livres sacrés dont regorgent les nombreux monastères que je visite et aussi, savoir écrire et me débrouiller sans avoir recours à l'aide d'une tierce personne pour me tenir lieu de secrétaire, comme c'est le présent cas. Vous me dites que des gens de votre époque me comparent, moi, au Christ! Je trouve cela aberrant et j'en suis encore abasourdi. Je n'ai rien de comparable à toute la grandeur du Christ, ni même à un saint homme... je ne suis même pas un moine mais plutôt un laïc. J'ignore sur quoi ils peuvent bien se baser pour tenir de tels propos mais je suis entièrement de votre avis. Alors que certains me considèrent comme un démon, d'autres, apparemment, me comparent à rien de moins que le Christ lui-même! Moi je vous le confirme, je ne suis ni un démon, ni le Christ... je ne suis qu'un homme du peuple, un sage, un starets, comme on dit en Russie, mais rien de plus qu'un homme. Bien que j'aspire un jour à me rapprocher de cette sagesse et cette grandeur d'âme qui habite le Seigneur, je ne pourrai jamais l'égaler ni être aussi parfait que lui. Tout au plus, n'en serai-je qu'une bien pâle copie imparfaite, comme nous le sommes tous. Je sais que jamais je ne serai son égal car on ne peut égaler la perfection elle-même. Je ne suis qu'un grain de poussière dans l'univers, un simple paysan sibérien, et le pauvre pécheur que je suis, ne serait même pas digne de nouer la bride de ses sandales. Non, ma place à moi, c'est plutôt d'être son humble serviteur. Je parle à Dieu dans toutes mes prières et dans tous mes actes, je suis sa voix... si j'arrive à guérir les gens, c'est en son nom et grâce à lui que je le fais. Ce n'est pas moi qui guéris, c'est le Seigneur. Moi, je ne suis que son serviteur... et c'est d'ailleurs toujours ce que j'ai dit haut et fort! Votre ami, Grigori Raspoutine Cher starets, J'avoue être agréablement surpris d'une réponse si belle qu'elle prouve bien votre extrême bonté! Je suis ému que vous m'ayez tant partagé ce moment d'extrême souffrance... Au plaisir de vous recontacter, Hugues P.S: excusez la lenteur de ma réponse... L'émotion est un encombrant frein... |
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